Je ne pensais pas le dire un jour, mais j’ai fermé mon compte Instagram. Trop de temps passé à trouver des idées de photos, puis à prendre lesdites photos, à rédiger des posts intéressants et optimaux, avec hashtags et tout le tremblement. Trop de temps aussi – c’est un fait – passé à regarder les stories des autres.

J’aime beaucoup Instagram pour les comptes que j’y suivais (évidemment) et ce qu’ils m’apportaient d’inspiration et de sérénité. (Fort heureusement, je n’ai jamais eu à me farcir les polémiques dont beaucoup parlent.) Mais depuis quelque temps, j’ai l’impression que ce réseau social devient un temple à la productivité. Il faut poster régulièrement, qu’il s’agisse de photos, de vidéos, de reels ou de stories… J’aime prendre des photos, préparer des vidéos, et poster des stories ne me pose aucun problème, mais pas selon une quantité minimum : autant de fois par semaine, autant de stories par jour… Par jour ! Pour peu que l’on veuille proposer du contenu de qualité (ce qui est à privilégier en général), ça prend vite un temps dingue. Un temps que je ne passe pas à écrire, évidemment, mais pas que. C’est un temps que je dégage pour rien. (Ou si peu.) Instagram ne m’apporte presque pas de trafic sur le blog, par exemple, contrairement à Pinterest et Twitter. Or, j’ai choisi de privilégier ce qui m’apporte quelque chose professionnellement, au-delà du seul plaisir.

Les réseaux sociaux sont un peu l’open space de celleux qui travaillent depuis chez elleux. Dans son livre Deep work, Cal Newport évoque souvent les multiples problèmes de concentration dus au travail en open space. L’espace de travail partagé est un ralentisseur d’efficacité. Les personnes soucieuses de leur productivité produisent moins. Globalement, on rencontre des difficultés à se concentrer et on se contente de petites tâches pour combler notre besoin de satisfaction sur le court terme, alors que nous gagnerions à travailler sur le long terme. Les réseaux sociaux sont de la satisfaction sur le court terme. On publie un petit quelque chose, on récolte des « likes » et on se frustre de n’en voir apparaître aucun, quand ça se produit. Surtout, on perd du temps, autant à checker ses notifications qu’à préparer ledit contenu. (Sauf quand ça intègre un processus marketing ou une profession qui dépend des réseaux sociaux, comme pour les influenceur·se·s.)

Cette année, grâce à Deep work, j’ai redécouvert le travail en profondeur. (Que je pratiquais déjà sans le savoir avant de découvrir les réseaux sociaux.) Je ne passais pas un temps fou sur Instagram, même si je dis qu’il était déjà trop important. (Mon utilisation de Freedom limitait pas mal les dégâts.) C’est surtout que je passais un temps précieux sur Instagram pour des contenus qui ne m’apportaient rien. (Je ne prétends pas que tout ce qu’on fait doit se révéler utile à un moment ou un autre. J’en avais déjà parlé dans cet article sur la productivité à tout prix. Cependant, notre temps n’est pas extensible, alors, quand je peux éviter de perdre le mien, je le fais.)

Quitter Instagram n’a pas été une décision facile parce que j’appréciais ce que j’y trouvais ; mais s’est posée la question de savoir ce qu’il m’apportait vraiment. Les astuces d’écriture, je les connaissais déjà, pour la plupart ; de la promo pour des sorties de livres, encore et encore ; beaucoup de comptes qui se ressemblent… Encore une fois, je parle d’utilité, mais c’est aussi ça, préserver sa santé mentale, et errer sur les réseaux sociaux en quête d’un contenu à découvrir n’est pas vraiment ma définition de la santé mentale. (En tout cas, la mienne.)

L'open space de l'écrivain·e (Bulle créative #13)

Aude Réco

Je suis autrice dans les genres de l’imaginaire et la romance à destination des adultes et des jeunes adultes.

Mes fictions ont un but divertissant, tout en abordant des thématiques qui me sont chères, sans forcément verser dans la morale : passé, identité, famille, différence, vie après la vie. (Parce je préfère voir la mort comme une étape non définitive.)

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