Une dizaine de mots. En une dizaine de mots seulement, Daphne du Maurier nous emmène à Manderley, manoir dont la magnificence jaillit sur les pages : « J’ai rêvé l’autre nuit que je rentrais à Manderley. »

« J'ai rêvé l'autre nuit que je rentrais à Manderley »

Aujourd’hui, c’est Tatiana de Rosnay qui ramène les lecteur·trice·s à Manderley, avec sa biographie de Daphne du Maurier : Manderley for ever.

 

Manderley for ever

« J’ai rêvé la nuit dernière que je retournais à Manderley. » C’est par cette phrase que commence Rebecca, le roman de Daphné du Maurier porté à l’écran par Alfred Hitchcock.

Depuis l’âge de douze ans, Tatiana de Rosnay, passionnée par la célèbre romancière anglaise, fait de Daphné du Maurier un véritable personnage de roman. Loin d’avoir la vie lisse d’une mère de famille, qu’elle adorait pourtant, elle fut une femme secrète dont l’œuvre torturée reflétait les tourments.

Retrouvant l’écriture ardente qui fit le succès d’Elle s’appelait Sarah, vendu à plus de neuf millions d’exemplaires à travers le monde, Tatiana de Rosnay met ses pas dans ceux de Daphné du Maurier le long des côtes escarpées de Cornouailles, s’aventure dans ses vieux manoirs chargés d’histoire qu’elle aimait tant, partage ses moments de tristesse, ses coups de cœur, ses amours secrètes.

Le livre refermé, le lecteur reste ébloui par le portrait de cette femme libre, bien certaine que le bonheur n’est pas un objet à posséder mais un état d’âme.

Je me suis procuré cette biographie, agrémentée de photos inédites – est-il écrit sur la couverture – au Livre de Poche.

SUR LES PAS DE DAPHNE DU MAURIER

Daphne du Maurier – du célèbre nom de son grand-père paternel, écrivain et illustrateur, George du Maurier, et son père, acteur, Gérald du Maurier – était une auteure anglaise, d’origine française par son père. (Coucou la Révolution et les souffleurs de verre de la Sarthe.)

Peu appréciée en son temps, car elle était une romancière dite populaire, Daphne du Maurier a surtout écrit sur la mémoire des murs. Manderley en est l’exemple le plus frappant, et ayant moi-même une affection d’auteure toute particulière pour les lieux et leurs histoires, je me devais de découvrir Manderley for ever.

MODERNE ET LIBRE ?

Moderne, Daphne du Maurier l’était assurément. Passionnée et passionnante, elle semble avoir cultivé un certain goût pour l’impertinence dès son plus jeune âge. Les conventions l’ennuyaient, trop ancrées dans le réel d’une vie dont elle s’éloignait dès que possible. Rêveries, pièces de théâtre encouragées par son père… son esprit est étriqué dans ce corps de femme. Celle qui, plus jeune, voulait montrer à son père quel garçon elle pouvait être et dont il rêvait, se créa un alter ego masculin pour vivre de grandes aventures imaginaires, puis dans l’écriture.

Pourtant, l’image de femme libre qu’elle véhicule aujourd’hui ne m’apparaît pas avec évidence. Daphne du Maurier a vraisemblablement dissimulé sa bisexualité à ses proches toute sa vie. Ses choix, eux, avaient l’audace d’être libres, mais cette figure majeure de la littérature britannique semblait parfois en pâtir.

MANDERLEY FOR EVER

Tout le monde se souvient de Manderley ou du couple d’inséparables par qui le drame survint. D’ailleurs, il n’est pas rare que celleux ayant découvert Daphne du Maurier à travers l’adaptation de l’une de ses œuvres aient ouvert, ensuite, l’un de ses livres.

« J'ai rêvé l'autre nuit que je rentrais à Manderley »

DES DESCRIPTIONS TRÈS VISUELLES

Ce qui fait beaucoup le charme de la plume de Daphne du Maurier – à mon sens, en tout cas –, ce sont ses descriptions, très visuelles. Peut-être la raison pour laquelle Hitchcock a adapté trois de ses œuvres : L’Auberge de la JamaïqueLes Oiseaux et Rebecca, mais je crois savoir qu’il dénigrait pourtant le travail d’auteure de Daphne du Maurier. Il aura néanmoins érigé les deux derniers au rang de mythes cinématographiques, bien que l’auteure ait déploré une trop libre adaptation de ses Oiseaux.

Bienvenue, donc, en Cornouailles, lieu principal des inspirations de Daphne du Maurier. Manderley y est né, ainsi que d’autres lieux tout autant chargés d’histoires. Manderley qui n’est autre que Menabilly, manoir pour lequel elle eut un attachement tout particulier.

DES HÉROÏNES INOUBLIABLES

De Mary Yellan – dont on apprend peu à peu à déchiffrer les états d’âme, tant son portrait dressé au début de l’histoire se fait supplanter par des aspirations d’aventurière – au fantôme de Rebecca de Winter qui erre entre les murs de Manderley, de la seconde Madame de Winter, perdue dans une demeure gigantesque habitée par le souvenir imposant de sa prédécesseure à la mystérieuse cousine Rachel, les héroïnes de Daphne du Maurier sont loin des femmes des romans « à l’eau de rose », auxquels les critiques prêtaient sa plume en son temps.

Si certaines intrigues se révèlent plus communes que d’autres (je pense notamment à Rebecca), le style et la maîtrise de l’intrigue jusqu’au point final complètent des personnages féminins dont j’ai l’impression que pas un ne ressemble aux autres.

 

Je me suis surtout concentrée, dans cet article, sur  l’auteure plutôt que sa création littéraire. Celle-ci fera l’objet d’un article beaucoup plus détaillé, dans les mois qui viennent. J’ai aussi, finalement, survolé la vie de Daphne du Maurier (un comble, puisqu’il s’agit d’une biographie !), mais j’ai une bonne excuse : vendredi sortira une vidéo sur elle, en partenariat avec Femini-Books. J’inaugurerai ainsi le premier portrait de ma série « Elles ont fait la littérature ». (Je vous avais demandé des noms, l’année dernière, vous vous souvenez ?)

Pour aller plus loin dans votre découverte de l’auteure, je vous invite à (re)lire L’Auberge de la JamaïqueRebecca et Manderley for ever, bien sûr.

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