C’est fascinant, cette habitude de comparer un personnage féminin à l’un de ses homologues masculins, quand des femmes de sa trempe existent.

De la représentation féminine

Je pars, ici, d’un constat personnel : dans bon nombre de chroniques des Sempiternels, il est fait état d’un « Indiana Jones au féminin ». Évidemment, ça m’emmerde. Évidemment, je vous explique pourquoi.

1. CE N’EST PAS COMME SI LARA CROFT EXISTAIT

Le problème n’est donc pas la comparaison à proprement dite, mais la comparaison d’une héroïne telle qu’Alexandra Milael Noble avec Indiana Jones. Pour les similitudes, je ne sais pas. J’ai tellement détesté le seul film que j’en ai vu que je ne me souviens de rien, hormis une soupe aux yeux ou quelque chose du genre. Alexandra ne s’encombre pas de sentiments, fonce dans le tas et chouchoute ses fusils. Elle assume complètement sa (large) part d’aventurière et assure quand il s’agit de botter le train aux Sempiternels. En toute logique – et surtout maintenant que des lecteur·ice·s ont proposé un point de comparaison –, je pense à Lara Croft.

2. LA REPRODUCTION DE SCHÉMAS MASCULINS

Deux choses, ici : « reproduction de schémas » et « masculins ».

Cela signifierait donc que a. il existe des schémas genrés et b. il existe des schéma genrés.

Depuis quand les personnages masculins ont-ils l’exclusivité du langage fleuri ? Depuis quand ne l’estime-t-on pas réservé aux hommes, mais quand même, ça ne fait pas très féminin, tout ça ? Remarque-t-on l’incohérence de cette simple idée : admettre que les femmes ont le droit d’adopter des comportements dits masculins, mais que pour la féminité, on repassera ? Sait-on que ceci s’appelle la masculinisation ?

L’association flingue/sexe/langage fleuri serait donc typique d’un homme. Une femme ne peut-elle pas tirer à tout va, multiplier les partenaires sexuels et jurer comme un charretier sans être comparée à un homme ? Surtout, qu’est-ce que ça veut dire « schéma très masculin » ?

LE « SCHÉMA MASCULIN » CAUSE DU TORT À LA REPRÉSENTATION FÉMININE… ET MASCULINE

Laissez-moi vous parler des codes. Les codes selon lesquels un homme agit comme un homme. Les codes selon lesquels un personnage masculin règle les problèmes à coups de flingue, s’envoie toutes les femmes de l’histoire et magnifie sa présence de quelques formules d’impolitesse de son cru, de façon tout à fait normale. Dans l’esprit des lecteur·rice·s, il agit ainsi, en toute normalité, parce qu’il est un homme et que les hommes font ce genre de choses.

Mais avoir un « comportement masculin » ou suivre un « schéma masculin », ça n’a aucun sens. Cela revient à dire que tous les hommes seraient malhonnêtes/vulgaires, qu’ils auraient tous un avis sur le vagin de leurs homologues féminins… Côté femmes, elles seraient toutes douées d’une sensibilité « proprement féminine », bien sûr, resteraient polies en toutes circonstances et pratiqueraient le sexe de la manière dont le monde entier pense qu’elle le pratique.

 

De la représentation féminine en littérature

Penser ainsi, c’est non seulement perdre le sens des réalités, mais en plus, c’est causer du tort à la représentation féminine et masculine. C’est retrancher les personnages (et les êtres humains) dans des cases selon leur genre, de la même façon que certain·e·s les catégorisent selon leur orientation sexuelle, leur ethnie…

NOUS AUSSI, ON PEUT LE FAIRE

Jurer comme un charretier, multiplier les coups d’un soir, prendre des risques… nous aussi, on peut le faire puisqu’il ne s’agit pas d’actions limitées aux hommes.

Prendre des décisions, les assumer, tenir un vrai premier rôle, ça aussi, nos héroïnes peuvent le faire. À condition de cesser de les comparer à des personnages masculins. À condition de ne plus les mettre dans des cases « féminines ». Si par féminité, on entend douceur, sourire et docilité, alors, oui, nos héroïnes peuvent se hisser au-dessus de tout ça et dénoncer les idées reçues, qu’elles impliquent les femmes ou les hommes.

Il existe une légende urbaine selon laquelle les femmes projettent d’être reconnues pour leurs engagements, bons ou mauvais, leur place dans la littérature, leurs combats, personnels ou à l’échelle d’un monde, imaginaire ou non, mais surtout pour leurs existences. Ce n’est pas pousser qui que ce soit dans ses retranchements ni à craindre le féminisme.

3. LE FÉMINISME QUI PEUT TE TOMBER DESSUS

Ça, c’est la blague ultime : la menace féministe. (Team second degré, tout ça.)

Certain·e·s se cacheront derrière un « On ne peut plus rien dire » retentissant, d’autres useront d’un humour à toute épreuve parce qu’ « on peut rire de tout, mais pas avec tout le monde ». C’est beau, l’humour. Pratique, surtout. La victimisation mal placée aussi.

Le féminisme semble causer des ravages. (Et encore une fois, n’y voyons pas une situation genrée.) Le féminisme fait trembler celleux qui osent donner leur opinion, mais pas une seule fois, iel remettront leurs propos en doute.

 

À une époque où il est si facile de provoquer une shitstorm, il est vrai que chacun·e se sent investi·e du devoir de commenter, partager sans vérifier la source et se pourfendre d’un commentaire haineux qui ne bénéficiera à personne. À une époque où l’information se transmet à une vitesse incroyable et où la moindre maladresse est pointée du doigt, il serait peut-être temps d’y réfléchir à deux fois avant de publier un contenu. De la haine déguisée en prise de conscience ou une manière fondamentalement humaine de rappeler à notre espèce qu’elle est faillible, ce serait peut-être l’occasion de comprendre qu’un est tout et tout est un. (Merci Fullmetal Alchemist !)

 

De la représentation féminine par rapport à leurs homologues masculins
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