Avant de créer ses personnages, le mieux est encore de les comprendre afin de conserver une cohérence dans tous leurs actes. Et quoi de mieux qu’une analyse de l’être humain, de ses caractéristiques, de sa relation à l’autre pour creuser le sujet ?

Écriture : comprendre ses personnages

L’Homme est bon, indécis, compréhensif, fou, passionné… Bref, il est complexe et, à son image, vos personnages doivent incarner cette complexité. C’est ce qui les fera avancer, reculer, espérer ou abandonner. Êtres de papier ou non, ils représentent les piliers de votre texte ou les porteurs d’un message.

Peu importe qui seront vos personnages, il faudra procéder de manière à ce que læ lecteur·ice s’attache et aime détester le plus parfait des salopards.

LA CARACTÉRISTIQUE MAJEURE DE L’ÊTRE HUMAIN : SA DIVERSITÉ

Pour connaître ses personnages, il faut les comprendre au-delà de leur seule constitution physique. Un personnage possède une conscience, un passé. Il a des habitudes, présente des différences ethniques, sociales, culturelles… si l’on compare aux autres. Il a une personnalité et des réactions qui ne correspondent qu’à lui et c’est ce qui le distingue de ses semblables au sein de l’humanité. Mais qu’est-ce que l’humanité ?

L’humanité représente l’ensemble des individus qui appartiennent à l’espèce humaine, ainsi que les caractéristiques qui la définissent.

Le statut de l’humain est souvent abordé par le biais de la philosophie et de la religion. N’oublions cependant pas l’approche zoologique, éthologique (étude du comportement des diverses espèces animales, dans leur milieu naturel ou non), anthropologique, génétique et paléoanthropologique.

Ces perspectives se révèlent passionnantes parce qu’elles présentent des éléments sur de nombreux plans. Associés, ils permettent de compléter des études déjà existantes, de proposer de nouvelles hypothèses, bref, d’avancer, d’évoluer, de s’adapter.

Le concept d’humanité pose également deux questions importantes :

  • quelles particularités physiologiques et comportementales humaines ne retrouve-t-on pas ailleurs, dans le règne animal ?
  • à quel point ces particularités sont-elles partagées par tous les membres de l’espèce humaine ?

Nous pouvons dès lors nous intéresser à l’ethnie d’un groupe d’individus, à ses valeurs, à sa tradition culturelle et à ce qui véhicule ces dernières. De ces points soulevés découle la diversité qui rend chaque personne si unique, chaque contexte si important, mais aussi l’organisation sociale.

CULTURES, CULTURE HUMAINE ET ORGANISATION SOCIALE

Langage, culture, technologie, sciences, spiritualité, morale, etc., façonnent l’être humain et son organisation sociale. Tandis que des procédés scientifiques tentent d’apporter des éclaircissements quant aux spécificités humaines via la biologie, les sciences sociales, elles, étudient l’évolution culturelle de l’Homme. C’est d’ailleurs celui-ci qui construit son propre monde culturel, plus régulé, et qui développe notre comportement, notre environnement, notre prise de conscience.

Comprendre ses personnages

Côté cultures, ce n’est un secret pour personne, l’écriture, le dessin, la sculpture et autres vecteurs culturels se sont toujours faits les témoins de mœurs, de traditions et de croyances. En somme, l’expression artistique occupe une très grande place depuis la nuit des temps, car l’Homme est un être doué de sociabilité. Les cultures sont une façon de participer à la société, d’interroger sa conscience, de faire valoir ses droits et de commémorer ses souvenirs. Prisme de l’humanité, les cultures en décortiquent les travers et en tirent des leçons. Selon ce que nous sommes, selon nos lois, nos rites et notre passé, ces leçons se distingueront d’un groupe à l’autre. C’est là qu’intervient la relation à autrui : quand on se questionne sur l’individualité au centre de la communauté, quand la culture, ce mélange d’influences, s’en fait la porte-parole.

LA RELATION À L’AUTRE

La compréhension d’un personnage passe par ses interactions avec ses semblables. Ainsi, on distingue deux niveaux dans l’analyse d’un personnage : individuel et communautaire. Cependant, résumer la relation à l’autre de cette manière serait un peu succinct, puisqu’il faut prendre en compte d’autres facteurs tels le rapport au corps et les affects.

La relation à autrui se résume en un mot : communication. Verbale, non-verbale, écrite… les supports sont nombreux et conduisent fréquemment à des quiproquos, erreurs, difficultés… Cette relation passe par des émotions que l’on garde pour soi, ou au contraire, que l’on expose. (De manière disproportionnée, violente, provocatrice…) Ces contacts peuvent déboucher sur des comportements problématiques, par exemple.

La communication est donc avant tout affaire d’échange – qui consiste à décoder les signaux émis par les autres – et de partage.

AU NIVEAU INDIVIDUEL

Les relations d’un individu ont pour but la recherche du plaisir et de la gratification. Encore une fois, le plaisir de certain··es peut s’apparenter à du sadisme chez d’autres, de même que le désir de gratification, de reconnaissance peut mener à des actes irréfléchis, voire extrêmes.

Est-ce qu’on entend cet individu ? Est-ce qu’on l’écoute, le comprend ?

S’il ne vivait pas en corrélation avec les siens, s’il ne se confrontait pas à tout un système élaboré autour de lui, il acquerrait des notions bien différentes de celles qu’on lui connaît. Par ailleurs, la société aussi serait étrangère à celle dont nous avons l’habitude, si elle ne tenait pas compte de l’individu en tant qu’être capable d’évolution, de réflexion et d’analyse.

AU NIVEAU COMMUNAUTAIRE

La réaction des autres est nécessaire à la construction de l’individu. Elle permet d’assimiler ce qui est convenable ou non, mais la seule interaction avec la communauté ne suffit pas. Pour un discernement total, il faut en appeler à la capacité à réfléchir, à juger, à choisir. En ce sens, un personnage n’est ni à 100% bon ni à 100% mauvais, juste nourri par ses décisions, inquiété du regard qu’on lui porte, mais surtout guidé par ses émotions. Aristote n’avait donc pas tout à fait tort en nous qualifiant d’ « animal social », car là où un animal agira par instinct, selon ses sentiments ou par intérêt, l’Homme fera exactement pareil.

L’IDENTIFICATION DU PERSONNAGE

Là aussi, on distingue deux manières d’identifier un personnage : par rapport à ce qu’il est et par rapport aux autres.

CE QU’IL EST

La couleur de peau, l’orientation sexuelle, un handicap sont autant de caractéristiques humaines sans pour autant toucher l’ensemble de l’espèce. Il est donc important de décrire ces « autres nous », car notre vision occidentale de la diversité humaine, entre autres, nous fait défaut. La société patriarcale, les observations et remarques validistes, les propos et comportements tellement ancrés dans le quotidien qu’ils en deviennent normaux…

CE QU’IL REPRÉSENTE

C’est en partie la communauté qui forge l’être humain. Cette communauté a un avis sur tout, parfois sur rien, se raccroche à des idéaux différents, ne porte pas les mêmes jugements selon l’éducation, les coutumes, les idéologies, les implications morales, éthiques, juridiques… Le Bien et le Mal ne sont alors plus des notions nettes et définies puisqu’elles dépendant d’un tout, en plus d’un noyau personnel. Ici, le contexte devient essentiel à la compréhension d’un acte ou d’un choix ; l’intégration de votre personnage en dépend.

Chaque personnage appartiendra à un ensemble, plus ou moins complexe selon ce que vous déciderez, mais de manière individuelle. Chacun apportera des éléments, réponses, valeurs distincts selon ce qu’il est et ce qu’il représente aux yeux d’autrui. Pour cette raison, le réflexe des fiches-personnages fournira des pistes intéressantes à développer dans votre panel. (Je vous reparle dans l’article de lundi.)

LA DIVERSITÉ HUMAINE SOUS L’ŒIL OCCIDENTAL

Il y a une différence entre la culture (humaine) et les cultures, entre l’inné et l’acquis.

Les différences biologiques jouent un rôle par rapport aux différences culturelles dans notre perception occidentale de la diversité humaine. Alors qu’un regard plus global s’avérerait nécessaire à la compréhension de la culture, on se rend vite compte qu’elle échappe en majeure partie à notre conscience. Le problème ne résulterait donc pas d’un manque de connaissances.

On qualifie souvent la culture occidentale d’individualiste et de matérialiste. Nos institutions économiques, politiques et juridiques représentent des attributs communs à l’individualisme, alors que le matérialisme – qui caractérise divers modes de vie – est partout : aliments, vêtements, habitations… Par ce biais, nous avons tendance à penser que les autres vivent différemment de nous, car ils n’entretiennent pas la même vision du monde que la nôtre, alors qu’ils se nourrissent, s’habillent, construisent des maisons et bâtissent des communautés.

Lire aussi “Agatha Christie Mallowan : la romancière et l’archéologue”. (Dernier paragraphe.)

Parce que nous vivons dans un vaste groupe essentiellement composé de blanc·he·s, nous assimilons, à tort, cette caractéristique à tous les personnages de livres que nous découvrons et dont la couleur de peau éventuelle ne serait pas mentionnée. Idem pour l’orientation sexuelle, le handicap… Parce que nous représentons une majorité, nous jugeons naturellement que tout le monde est ainsi fait. Malheureusement, la « supériorité » des blancs ne fait aucun doute dans l’esprit de certain·e·s et ce sont les revers, entre autres, du colonialisme que subissent les dites minorités.

 

Pour cette raison, pour clouer le bec aux idées reçues et à ce qui nous paraît normal, mettons les cultures au service de la culture humaine. Mettons à profit l’évolution que l’on prête au genre humain et explorons l’éventail des possibles à travers des personnages plus variés les uns que les autres.

Tipeee

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