Écrire, ce n’est pas seulement tout prévoir. Écrire, c’est aussi beaucoup d’improvisation, au détour d’un changement. (Pour une question de cohérence, de dates, de disposition spatiale…)

Écrire, ce n'est pas prévoir absolument tout

Écrire, c’est s’aménager des portes de sortie pour le cas où, et le cas se présente toujours, sachez-le. Écrire, c’est apprendre à composer avec ce qui a été changé, puis à se débrouiller pour que les morceaux collent entre eux. Écrire, c’est s’adapter à l’histoire et à ses besoins.

ÉCRIRE : L’IMPROVISATION

Je ne m’épancherai pas, ici, sur ce qu’est un récit intéressant, car là n’est pas le sujet. Aujourd’hui, je me penche sur l’écriture, ses bases et ses aléas. À commencer par la nécessité de savoir improviser, jongler avec ce qui doit bouger par rapport à ce qui ne changera pas. À ne pas faire une fatalité des changements qu’il faut apporter, encore moins de tout ce qui en découle.

L’improvisation, en écriture, consiste à garder un point de vue global sur l’intrigue et être en mesure d’apporter les modifications nécessaires, sans toucher à la structure de base. (Pour rappel, ce que j’appelle « structure de base » est ce qui restera intact après bidouillages intensifs.)

Écrire, c’est maîtriser l’art de l’improvisation. Mieux : se l’accaparer. C’est apprendre à contourner les problèmes après des changements, modifier la suite du récit en conséquence et revoir le début pour lier le tout et faire comme si rien n’avait changé.

ÉCRIRE : TOUT PRÉVOIR ?

Si l’on conseille souvent aux jeunes auteur·e·s de préparer un synopsis de travail, il n’est absolument pas impossible d’écrire un premier roman sans synopsis. Cette façon de procéder porte même un nom : la technique du jardinier. L’auteur·e sème des graines et voit, au fur et à mesure, ce qu’il peut en tirer.

Je dirais que cette méthode nécessite de savoir à l’avance où l’on va – au moins dans les grandes lignes – pour éviter les mauvaises surprises et les blocages. Il s’agit, ici, de connaître les charnières du texte (dans le meilleur des cas), sans avoir encore posé le détail ni la façon dont les personnages vont atteindre la fin du roman.

Pour les plus précis·e·s d’entre nous, on emploie le qualificatif d’ « architecte ». Évidemment, vous pouvez être jardinier·ère ou architecte, au choix, selon chaque texte.

Quel que soit le procédé, on a tendance à conseiller aux auteur·e·s d’apprendre à tout prévoir, au cours de l’écriture. J’y apporterai une nuance. Puisque tout prévoir amènera, d’une façon ou  d’une autre, à devoir composer avec les imprévus pour des soucis scénaristiques, l’idée serait plutôt de concilier synopsis (pour celleux qui en auront préparé un) et improvisation. (En mode rattrapage de grosses boulettes, parfois.)

Lire aussi “J’écris (enfin) mon roman”.

Écrire, c’est aussi puiser dans une part de hasard. C’est apprendre à faire coïncider deux éléments qu’a priori, rien ne prédestinait à être ensemble. C’est beaucoup tâtonner, au début, puis on réunit des idées à la vitesse de l’éclair, une fois qu’on a l’habitude. C’est se dire « Puisque je ne peux pas faire comme ça, pour une raison X ou Y, je vais tenter autre chose. » Et à force de bidouiller des trucs, on apprend de ses erreurs et de ses maladresses, on commence à comprendre sa manière de fonctionner et de réfléchir. Surtout, on s’adapte à l’histoire et à ses besoins.

ÉCRIRE : S’ADAPTER À L’HISTOIRE ET À SES BESOINS

Entre imaginer une histoire et la raconter, il y a un gouffre. Les personnages se mettront en travers de votre chemin. L’enchaînement des péripéties vous donnera du fil à retordre. Les incohérences vous rendront peut-être chèvre. Tout ça dans un seul et même roman. Surtout si vous vous obstinez à conserver des éléments fauteurs de trouble.

Écrire, ce n'est pas prévoir absolument tout

Écrire, c’est s’adapter au récit. C’est apprendre à faire des concessions, à ne pas mettre toutes les idées dans le même texte. (C’est pareil que pour le proverbe des œufs et du panier.)

Écrire, c’est se mettre au service d’une histoire, de personnages qui vont raconter cette histoire. C’est devenir celui ou celle qui transmettra, le plus justement possible, les émotions, les atmosphères et étapes qui conduiront læ lecteur·rice au mot « Fin ».

Écrire, c’est aussi parer à toute éventualité, savoir retomber sur ses pattes. C’est anticiper les problèmes et la façon dont on va les résoudre. C’est se demander pourquoi ça cloche, pourquoi ça rendait mieux dans notre tête. Écrire, ce n’est pas prévoir ces problèmes, car on ne peut pas dire avec exactitude quand ils tomberont, à quelle fréquence ni ce qui nous permettra de les identifier comme tels. Selon la voie que chaque auteur·e empruntera, le problème sera différent. Imaginez un grand Livre dont vous êtes le héros. On sait qu’il y aura des embûches, mais on n’a pas plus de détails.

Écrire, c'est anticiper les problèmes

Écrire, c’est tout une organisation. Chacun·e la sienne, pourvu qu’iel atteigne le bout. Être architecte ou jardinier·ère n’a pas tellement d’importance, puisque chaque auteur·e nourrit sa propre méthode.

Écrire, c’est ne pas se comparer aux autres et comprendre qu’il existe autant de façons de mener un roman à son terme que d’auteur·e·s. Écrire, c’est se faire læ messager·ère d’une histoire et mener sa barque comme on l’entend, ne pas faire comme tout le monde.

Écrire, c’est la diversité. (Du moins, on essaye.) C’est surtout une part de mystère, alors, il serait dommage de pouvoir absolument tout prévoir, non ?

Écrire, ce n’est pas prévoir absolument tout
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