Je vous propose une rétrospective de mes livres lus pour préparer le NaNoWriMo 2017, et nous commencerons avec La Bête du Gévaudan (le loup réhabilité) d’Hervé Boyac.

La Bête du Gévaudan

J’avais déjà rédigé un court avis sur ce livre, ainsi que d’autres. (Sur lesquels je reviendrai aussi.)

La Bête du Gévaudan est présenté comme un récit historique – c’est indiqué sur la couverture. Il propose, en 430 pages, de plonger au cœur de cette vague de massacres qui a terrorisé le Gévaudan pendant 1000 jours.

LE GÉVAUDAN : CONTEXTE DE CE QUI FUT LE THÉÂTRE DE LA BÊTE

Avant de nous parler de la Bête, l’auteur plante longuement le décor du Gévaudan, mieux connu, peu ou prou, sous le nom de Lozère.

Le Gévaudan, mieux connu sous le nom de Lozère.
Attribution de l’auteur.

Histoire, géographie, topographie, économie… Hervé Boyac ne lésine pas sur les détails du Gévaudan de l’époque et c’est tant mieux ! Là réside tout mon intérêt pour La Bête du Gévaudan : il ne se contente pas d’aborder le sujet de la Bête, mais aussi les conditions rudes dans lesquelles elle a sévi. En plus d’être un ouvrage qui tente de trouer le voile qui flotte sur cette affaire, il est d’une richesse historique bienvenue.

Gévaudan, donc. Juin 1764, après une courte période glacière, les habitants sont en proie à la misère.

« Neuf mois d’hiver, trois mois d’enfer ! Un dicton qui caractérise bien cette région située entre 1000 et 1500 mètres d’altitude.

Au XVIIIème siècle, la nature y est sauvage et austère, les hivers très rigoureux. »

Les paysages du Gévaudan sont décrits comme apaisants, les forêts clairsemées et la faune plus diversifiée qu’aujourd’hui. Bref, comme dans toute bonne histoire, le contexte est posé, riche et mythique. (La Bête aide beaucoup sur ce dernier point.)

Mais rien ne prendrait sens sans un réel portrait de l’accusé : le loup.

LE LOUP, ENTRE MYTHES ET RÉALITÉ

Le loup se traîne une sinistre réputation, encore de nos jours. Tueur de bétail, mangeur d’enfants dans les contes, mythe du loup-garou, lycanthropie clinique… La religion porte un regard sombre sur le loup ; il représente l’attaque de l’innocence (l’agneau) et le diable. Au XIIème siècle, les hérétiques sont assimilés à des chiens, voire à des loups, considérés comme impurs. Que du très joyeux pour le canis lupus.

La Bête qui désole le Gévaudan
Gravure sur cuivre de 1764-1765.

Sorcellerie et autres croyances jouent aussi un rôle considérable dans la désignation du loup comme bouc émissaire. Ainsi, dent de loup, œil, foie, cœur et graisse guérissent des frayeurs nocturnes, protègent, guérissent de la rage, soignent les yeux… Bref, tout est bon dans le loup !

Les contes n’aident pas non plus à redorer le blason du loup. Dans l’esprit du peuple, les hordes de loups qui sortent des forêts pour se nourrir remplacent celles des barbares. Le loup est perçu comme l’ennemi de l’homme, mais le contraire se révèle plus exact.

L’affaire de la Bête du Gévaudan puise dans les habitudes, rituels et mythes : l’Église qui pousse les fidèles à participer aux battues les jours de fête, la légende des verriers qui voyait ces derniers accusés de lycanthropie et de meurtres d’enfants pour récupérer leur graisse, nécessaire à la préparation de verres spéciaux…

LA DÉCONSTRUCTION DU MYTHE

Mille et une théories circulent sur la Bête du Gévaudan, de la plus improbable à la plus cohérente, en passant par le complot royal, le tueur en série et un animal exotique en particulier : la hyène.

Dans son livre, Hervé Boyac tient à présenter chaque élément qui influença potentiellement et influence encore la pensée générale sur ce cas. Tantôt créature mythique et diabolisée, tantôt homme caché sous une peau de bête, les hypothèses ne manquent pas. La Bête du Gévaudan ne se laisse pas intimider pour autant par les multiples voies qu’emprunte cette affaire. Au contraire, elle les épluche, décortique, déconstruit complètement le mythe grâce, notamment, à un portrait très minutieux du loup.

DES DOCUMENTS COMPLÉMENTAIRES

De nombreuses photos et illustrations apportent des informations intéressantes. Pas toujours absolument nécessaires à la compréhension des tenants et aboutissants de l’affaire, mais enrichissantes. Pour le reste, l’aspect politique de l’époque, les familles paysannes et le comportement du loup permettent une analyse complète et ordonnée. Les chapitres ne partent pas dans tous les sens, participant ainsi à la déconstruction d’un mythe qui perdure à travers les âges.

DES SOURCES ET TÉMOIGNAGES CONTRE L’HYPOTHÈSE DU LOUP

Si, aujourd’hui encore, la théorie d’un loup persiste, certaines sources tendent à penser le contraire. Hervé Boyac fait ainsi mention de celle qui faillit être la première victime de la Bête du Gévaudan. Elle attaque une femme qui garde son cheptel, mais qui réfugie parmi ses vaches. Ses chiens font front et mettent l’animal en fuite. Cette « première victime officielle » stipule que l’animal n’était pas vraiment d’un loup et qu’il ne s’est pas attaqué au bétail.

Les marchands ambulants colportent les nouvelles sanglantes et on finit par faire le rapprochement entre les différentes attaques. Des témoins aperçoivent l’animal ; on le dépeint comme une « bête » longue, rousse et plus grosse qu’un loup. Velu, il a une grosse tête, de fortes pattes et beaucoup d’agilité. Malgré tout, on ne l’identifie pas. On parle de la taille d’un veau, d’une raie noire sur le dos et d’une gueule prodigieusement grande.

LA BÊTE DU GÉVAUDAN : LE LOUP, LE ROYAUME ET LES MENSONGES

Le dossier de la Bête du Gévaudan n’aurait pas été si épineux sans la participation (volontaire ?) de l’homme. Là où les croyances ont servi un responsable tout trouvé aux meurtres, les habitants, la louveterie, le royaume et les paysans ont complexifié l’ensemble de théories, faux rapports et déductions hasardeuses. Il présente ainsi un rapport falsifié, des exécutions d’animaux non coupables, des divergences et autres incohérences qui nourrissent le mythe.

UNE INTERVENTION HUMAINE ?

Selon Hervé Boyac, l’intervention de l’Homme ne fait presque aucun doute. (Presque, car l’affaire remonte tout de même au XVIIIème siècle et qu’à l’époque, on a suffisamment baladé les preuves et indices éventuels.)

Que la Bête du Gévaudan ait sévi avec la régularité qu’on lui connaît ne ressemble pas à un animal, même sauvage. L’hypothèse d’un animal échappé de la foire de Beaucaire tombe à l’eau, car il y a de fortes chances pour qu’il fût tombé dans l’un des nombreux pièges dressés à l’intention des loups. (Ou à sa propre intention, une fois que l’information a circulé.)

La théorie d’un animal exotique introduit volontairement et dressé par un particulier semble avoir de beaux jours devant elle.

La Bête du Gévaudan, un animal exotique ?
Une hyène.

Qu’un être humain ait voulu tué par le biais de la Bête – construisant ainsi tout un mythe – n’est pas incompatible avec les faits répertoriés. Notamment par la mise en scène de certains cadavres, comme le mentionnent des procès-verbaux de 1765 :

« (…) lorsque la Bête l’eut mangée en partie, elle arrangea au milieu d’un bourbier si bien ses os, sa tête coupée, qu’elle couvrit de ses habits et son chapeau, que quand on vint la chercher avant qu’il fût nuit, on la crut endormie(…) »

« Une fille de 12 ans fut enlevée hier soir, à la Vachèlerie de Paulhac. […] Nous avons d’abord trouvé une partie de vêtement tout déchiré et, tout auprès, une grande effusion de sang. Plus haut encore, il a été trouvé une partie de jupon tout délabré par les plis. Beaucoup plus haut, dans la bruyère, a été trouvé, tout nu le cadavre de cette fille. »

La Bête du Gévaudan, un animal sauvage ?
Dessin d’Andrewsarchus mongoliensis.

 

Il y a fort à parier que l’imaginaire collectif a exacerbé le mythe de la Bête du Gévaudan, mais aussi qu’il y a eu intervention humaine. Si l’hypothèse de la hyène est la plus répandue, il n’en demeure pas moins que nous ne saurons peut-être jamais ce qu’il s’est passé ni pourquoi. Tandis que certain·e·s penchent plus pour un chien ou un hybride, d’autres restent convaincu·e·s d’un homme déguisé en animal féroce. La théorie d’un pervers a, elle aussi, de beaux jours devant elle, à en juger par les procès-verbaux qui dépeignent des mises en scène macabres et soignées, et font allusion à des corps de fillettes retrouvés nus. Quoi qu’il en soit, une mascarade semble avoir été jouée et l’implication de certaines familles, ainsi que le laxisme des autorités ont joué un rôle prépondérant dans cette histoire.

La Bête du Gévaudan est très documenté, l’objet livre très beau. Les photographies, illustrations et peintures sont en couleurs, pour un prix qui n’est pas prohibitif. (24€ les 400 pages, grand format.) L’auteur prend le temps de décrire les évènements, contextes et nombreuses théories. Si l’opinion de ce livre est propre à l’auteur, il n’en demeure pas moins un ouvrage complet sur les meurtres, l’histoire et les coutumes de l’époque dans le Gévaudan.

Il reste néanmoins qu’en voulant réhabiliter le loup, l’auteur de La Bête du Gévaudan soit parti avec un manque d’objectivité, mais les lecteurs sont prévenus dès la lecture du résumé. Pour Hervé Boyac, l’association homme/loup ne fait aucun doute.

La Bête du Gévaudan (ces livres que j’ai lus pour le NaNoWriMo 2017)
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