L’émancipation des personnages, vous connaissez ? C’est un phénomène que je n’ai jamais vraiment compris.

Il se définit par le fait que les personnages d’un roman, au cours de l’écriture de celui-ci, mènent leur vie propre. Au lieu de suivre les règles préétablies par l’auteurice, ils n’en font qu’à leur tête. L’auteurice doit ensuite éponger les bêtises pour conserver le rythme, la cohérence et l’intérêt de son intrigue. Et je ne comprends pas que certain·e·s auteurices permettent cette « rébellion ». Je m’explique.

J’ai une certaine habitude du contrôle quand j’écris. Cette habitude prend dès la phase préparatoire du roman. Que je travaille en architecte (c’est-à-dire en préparant tout de À à Z) ou en jardinière (c’est-à-dire en ne préparant rien, plus rare chez moi), jamais mes personnages n’ont pris le dessus sur ce que j’imaginais pour eux. Même en travaillant en jardinière, même en me passant de fiches-personnages, je n’ai jamais eu à affronter cette rébellion des personnages. Ils ont toujours suivi le schéma que j’avais préparé pour eux. Et je ne parle pas d’affronter leur rébellion pour rien.

Un personnage n’est pas qu’un pion qu’on avance sur un échiquier. Enfin, si, dans le sens où les échecs sont un jeu de stratégie ; placer ses personnages au bon endroit, au bon moment, tient aussi de la stratégie, et je pense que vous ne me contredirez pas là-dessus. Ce que je veux dire, c’est qu’un personnage n’est pas qu’un pion que l’on déplace dans le texte au gré de ses envies d’auteurice. Ses déplacements doivent avoir une raison d’exister. (De même que le personnage, et par conséquent, ses actions, son inaction et ses choix ont une raison d’exister. Ils servent l’intrigue et le récit.)

Je ne prétends pas que tout doit être calculé à l’avance. Moi-même, je ne prépare qu’un tiers de synopsis de travail au coup. Ça me permet d’ajuster les grandes lignes tracées dès le début de la phase préparatoire, puis d’affiner tout ça dès que je rédige un autre tiers du manuscrit. (Vous trouverez une infographie à la fin de l’article, ce sera peut-être plus clair.) Il arrive parfois qu’un personnage soit mieux placé qu’un autre pour accomplir une action, mais alors, ce personnage faisait déjà partie du noyau de base. Il était déjà présent dans la scène ; je l’ai juste « élevé au niveau supérieur ». Et cette accession au niveau supérieur ne chamboulera pas mon intrigue. (L’émancipation des personnages implique souvent de gros, gros changements au niveau de l’intrigue.) Mais les conséquences d’un personnage qui se met à faire ce qu’il veut vont au-delà de l’impact de son comportement sur l’intrigue et le récit.

Là, je vous parle de promesses et de paiement. J’y ai fait brièvement allusion dans mon article sur le fusil de Tchekhov, d’ailleurs. Un personnage qui se met à faire ce qu’il veut ne tiendra pas forcément ses promesses, les promesses faites par l’auteurice aux lecteurices. Il ne tiendra pas ses promesses parce qu’il ne se trouvera pas là où l’attendaient les lecteurices, à mener l’action à laquelle iels s’attendaient. Alors, oui, ça ajoute de l’imprévu à l’intrigue, puisque le personnage ne tombe pas juste par rapport aux prévisions des lecteurices, mais ceci s’appelle un retournement de situation, et un retournement de situation, ça se prépare ; ce n’est pas au personnage de décider qu’il va renverser la vapeur.

Je ne comprends donc pas quand un·e auteurice parle d’émancipation de ses personnages. Ce sont des personnages qui, à terme, n’honoreront pas le rôle qu’on leur a attribué, et si vos personnages ont tendance à prendre la tangente, alors, peut-être que vous leur aviez attribué le mauvais rôle dès le départ. Oui, c’est un peu vache ce que j’écris là, mais un bon personnage ne sortira pas de ses clous. Il suivra le chemin que vous lui aurez tracé parce qu’il s’agit de la bonne voie. Il aura quelques écarts de conduite, ça arrive, mais globalement, il suivra le chemin que vous lui indiquez parce sa cohérence le veut. S’il agit d’une autre manière, son attitude pourrait être assimilée à celle d’un autre personnage et, alors, peut-être que l’un des deux est tout simplement inutile.

Créer des fiches-personnages ne se limite pas à attribuer un caractère, des caractéristiques physiques, des valeurs morales, etc. à vos personnages. Il y a toute une réflexion derrière : la cohérence du personnage (actes, amitiés, inimitiés…), sa place au sein de l’intrigue (antagoniste, héros, soutien…), l’impact de ses interventions sur les autres personnages et sur l’intrigue…

Pour vous aider à préparer des personnages qui ne vous feront pas faux bond, vous pouvez retrouver la retranscription complète de mon live Twitch, dédié aux fiches-personnages. Vous pourrez en écouter la version audio et télécharger votre fiche de travail.

Comme promis, l’infographie.

Aude Réco

Je suis autrice et créatrice de contenus sur internet. Je publie au sein de maisons d’édition comme en autoédition. (Petit caveau, Voy'el, Rocambole.)
Mon genre de prédilection est le fantastique. (Avec une préférence pour le gothique.)

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