Parmi les questions que les auteur·rice·s se posent sur l’écriture revient, souvent, celle de construire une intrigue de roman. Elle n’est pas la plus simple, et plusieurs méthodes existent, mais j’ai tout de même décidé de décortiquer ce pilier fondamental de l’écriture.

Qu’est-ce qu’une intrigue ?

Ma méthode pour construire une intrigue de roman

Construire une intrigue de roman passe, à mon sens, par cinq questions :

  • pourquoi cette intrigue et pas une autre ? Comment accrochera-t-elle læ lecteur·rice ? (La base.)
  • si vous deviez résumer votre intrigue en un seul mot, quel serait-il ?
  • qui sont les personnages et quel(s) sont leur(s) but(s) ? Comment vont-ils évoluer et servir l’intrigue ?
  • quel contexte allez-vous développer ? En quoi va-t-il alimenter l’intrigue ?
  • quelles sont les intrigues secondaires ? (Très importantes pour servir, influencer ou détourner l’intrigue principale !)

L’intrigue est une succession de péripéties qui tiendra læ lecteur·rice en haleine, qui læ surprendra ; le fil rouge qui mènera les personnages du point A au point Z, en passant par toutes les lettres de l’alphabet que vous estimerez nécessaires.

Mais, me demanderez-vous, à quoi juge-t-on nécessaire une étape ou une scène de roman ?

Déterminer si une étape ou une scène est utile

À ce stade (la préparation ou rédaction de votre synopsis de travail, donc), vous estimerez peut-être hâtif de déterminer si une scène est utile ou non. C’est précisément là qu’il y a un « mais », car, normalement, votre synopsis se concentrera sur les péripéties de votre roman. (Sur le modèle de la situation initiale, élément déclencheur, péripéties, résolution des problèmes et conclusion.) Et, ces péripéties aboutiront, à terme, à des scènes.

La boucle étant bouclée, nous pouvons passer à la suite.

Ma scène passe-t-elle le crash test ?

Il n’y a qu’une façon de savoir si votre scène est utile ou complètement obsolète : s’y passe-t-il quelque chose ? J’entends, par là, qu’il vous faut établir un lien de cause à effet dans cette scène. Y est-il question d’amitié nouvelle, d’inimitié ? Y apprend-on une information importante ? Manipule-t-elle les personnages ou læ lecteur·rice ?

Un exemple concret : deux personnages finissent au lit. Pourquoi ? Votre scène scelle-t-elle une relation ? Est-elle l’occasion d’une confidence ? Quels sentiments suscitera-t-elle chez d’autres personnages : colère, jalousie… ? À quoi mèneront ces sentiments ?

Quels sont les différents types d’intrigues qui existent ?

Selon le romancier américain Ronald B. Tobias, il existe vingt types d’intrigues :

  • la quête
  • l’aventure
  • la poursuite
  • le sauvetage
  • l’évasion
  • la vengeance
  • l’énigme
  • la rivalité
  • l’anti-héros
  • la tentation
  • la métamorphose
  • la transformation
  • le récit initiatique
  • l’amour
  • le sacrifice
  • la découverte
  • la transgression
  • l’ascension
  • la chute.

Vous remarquerez que ces vingt types d’intrigues en appellent tous à l’évolution, bonne ou mauvaise, du ou des personnages qu’ils impliquent. Mais passons ceci en détail. (C’est là que je passe à une longue présentation des types d’intrigues listés ci-dessus. Pour accéder directement à ma méthode, c’est ici.)

La quête

La quête est, je pense, l’objectif qui revient le plus souvent dans les intrigues, notamment de fantasy.

Vos personnages peuvent chercher quelqu’un ou quelque chose, un objet rare ou précieux. Ce type d’intrigue nécessite que le personnage principal – et ses acolytes, puisqu’il est souvent accompagné – soit constamment en mouvement.

L’aventure

L’aventure peut impliquer une quête s’il s’agit, par exemple, d’une chasse au trésor, de la traque d’un·e fugitif·ve… L’aventure est très proche de la quête, à la différence que, ici, c’est le voyage en lui-même qui importe, plus que l’objectif des personnages, c’est-à-dire que la quête n’aura pas forcément une influence sur eux et leur comportement, contrairement au voyage.

La poursuite

Ici, les personnages poursuivent quelqu’un dans un but précis : vengeance, information à obtenir, pardon… Ce but est vital pour les personnages ; la poursuite est ce qui les maintient dans l’intrigue, aussi doit-elle se révéler à la hauteur en termes de rythmes, de péripéties et de chute.

Le sauvetage

Ici, a contrario, les personnages cherchent à/doivent sauver quelqu’un. De ce sauvetage à accomplir découlent de véritables enjeux. L’antagoniste tentera de mettre des bâtons dans les roues des personnages, lesquels franchiront plusieurs obstacles avant d’atteindre leur but… ou pas.

L’évasion

On ne parle plus de sauvetage, mais d’évasion. L’objectif des personnages est de s’évader ou d’aider quelqu’un à s’évader. L’intrigue se concentrera surtout sur les actions, plus que sur les personnages. Néanmoins, mettre en avant leurs réactions et les employer à des fins de division au sein du groupe (par exemple) me paraît tout aussi intéressant que l’action elle-même.

La vengeance

La vengeance implique souvent un personnage qui cherche à réparer une faute. (Par le meurtre, la destruction matérielle, financière, de la réputation…) Elle peut occasionner des réflexions morales, des prises de décision aveuglées par des émotions négatives. Cependant, elle doit susciter de l’empathie chez læ lecteur·rice. (Les tragédies grecques sont une vraie mine d’exemples à mettre en pratique.)

L’énigme

Les personnages se trouvent confronté·e·s à une énigme, une question, un problème le plus souvent réputé insoluble. Ils ont tout à gagner à acquérir de la profondeur au fil de l’intrigue.

La rivalité

Avec la rivalité, l’opposition personnage(s)/antagoniste(s) est plus marquée que dans les autres types d’intrigues. Les deux groupes tentent d’atteindre le même but, raison pour laquelle ils s’opposent.

L’anti-héros

Pour cette intrigue, on part également sur la notion de rivalité, sauf que, ici, l’antagoniste est plus fort·e que læ personnage principal·e. À noter que, par « plus plus fort·e », j’entends : mieux entouré·e, avec plus d’assurance…

Le personnage atteindra quand même son but à force de persévérance et de courage, en sortira forcément grandi, et læ lecteur·rice pourra s’identifier facilement.

La tentation

La tentation couvre bien des formes : sexuelle, matérielle, financière… Ici, les personnages savent qu’atteindre leur but nuira à tout un équilibre, et c’est justement ce qui est intéressant, car l’intrigue s’orientera naturellement vers la dualité et une lutte interne.

La métamorphose

La métamorphose implique un changement physique ou spirituel d’un ou plusieurs personnages. (Exemple des super-héro·ïne·s.) Elle conduit à la dualité et aux différentes étapes qui mènent à l’acceptation.

La transformation

On part sur la même idée que précédemment, sauf que la transformation concerne un changement visible dans la profession des personnages, leur vie sociale, leur organisme… auquel ils devront aussi s’adapter.

Le récit initiatique

Le récit initiatique a pour base la transformation, mais, ici, les personnages vont grandir et acquérir de la sagesse. Les épreuves qu’ils traverseront les pousseront à apprendre de leurs erreurs, de leurs faiblesses et des émotions négatives qui les corrompent. L’intrigue se concentre donc sur les effets qu’elles produiront sur les personnages.

L’amour

L’amour est souvent combiné à d’autres types d’intrigues et à d’autres genres : romance paranormale, romantic suspense… Réputé universel, il peut s’aborder de façon comique ou dramatique.

L’amour interdit

Des obstacles se dressent entre les personnages : contexte familial, religieux, social, éloignement, malédiction… Ce type d’intrigue peut pousser jusqu’à l’aspect immoral de cet amour et doit jouer, avant tout, sur les émotions.

Le sacrifice

Dans ce type d’intrigue, les personnages ne vont pas simplement perdre quelque chose ou quelqu’un, mais décider de le perdre. (Du moins, le plus souvent.) À situation désespérée, mesure désespérée. Le sacrifice coûte énormément aux personnages, lesquels luttent, la plupart du temps, pour défendre leurs idéaux.

 

Connaître ces différents types ne permet pourtant pas, à elle seule, de construire une intrigue de roman. Certes, nous avons vu le cas des personnages, les liens qui peuvent se tisser ou se rompre entre eux, la place qu’occupent les émotions dans leur cheminement, spirituel ou non. Nous avons, surtout, étudié les conflits, ainsi que les buts auxquels ces types d’intrigues peuvent mener : trahison, vengeance, meurtre, traque, sagesse, amour… Mais, qu’en est-il de la tension, du rythme, des dialogues, de l’impact sur læ lecteur·rice… ?

Qu’est-ce qu’une bonne intrigue ?

Si les ingrédients exacts d’une bonne intrigue étaient connus, ça se saurait. Tout est essentiellement question de dosage entre tous les éléments sus-cités. Construire une intrigue de roman est un exercice délicat qui nécessite des remaniements, parfois exaspérants, une excellente connaissance de ses personnages, de son contexte et de ses tenants et aboutissants.

Il n’existe pas de recette miracle, pas plus qu’il n’existe de règles. Les types d’intrigues que je vous ai présentés plus haut n’ont aucun impératif ; libre à vous d’en mélanger les composantes, de les inverser, voire de les ignorer. Par vos expérimentations, vous pouvez contribuer à une écriture créative moins codée et plus ouverte à la nouveauté.

Cette description terminée, passons aux choses sérieuses.

Ma méthode pour construire une intrigue de roman

Je vais, comme promis, vous exposer ma propre méthode pour construire une intrigue de roman, ainsi que quelques trucs et astuces.

Étape 1 : je ne note rien

Quand je commence à réfléchir pour construire une intrigue de roman, je fais ça le plus inconsciemment possible ; c’est-à-dire que je laisse mes idées naître, faire leur chemin, disparaître ou, au contraire, s’étoffer, s’assembler à une autre…. Surtout, je ne note rien pour ne pas polluer ce cheminement. Il est la base même de mon processus créatif, et, si, avant, je ne sortais jamais sans mon carnet de notes, j’ai appris, un peu à mes dépens, qu’une bonne idée sera celle qui mûrira. (Et, alors, elle me restera en mémoire.)

Cette étape s’étire, généralement, sur plusieurs mois, voire plus d’une année.

Étape 2 : je commence à prendre des notes

Quand j’estime tenir le fil rouge de mon intrigue, je commence à prendre des notes. Elles n’ont aucun niveau d’importance, aucune priorité, juste une place éventuelle dans mon roman.

C’est, pour moi, le moment ou jamais de trier. Parce qu’on ne peut pas mettre toutes ses idées dans un seul texte, j’associes celles qui peuvent cohabiter, celles qui se rapprochent le plus de ce que j’envisage pour mon résultat final. Les autres, je les recyclerai au besoin.

Étape 3 : j’écris quelques « scènes en vrac »

Pour rappel, j’appelle « scènes en vrac » toutes les scènes que je n’intégrerai pas (forcément) au roman. Il en existe deux sortes :

  • les scènes dont je récupérerai certaines idées, descriptions, certains (bouts de) dialogues…
  • les scènes dont je ne récupérerai rien du tout.

Les scènes en vrac me permettent de faire connaissance avec mes personnages, avant même de les intégrer au texte. Elles me sont essentielles quand pour construire une intrigue de roman : j’ai besoin de découvrir les personnages, les décors, d’approfondir le contexte… Souvent, elles me permettent de relier deux idées, de créer un nouvel arc narratif, d’étoffer l’histoire… Mieux, elles m’amènent à m’interroger sur l’existence de certaines idées et de certains personnages ou rebondissements.

Elles me sont, aussi, très utiles pour savoir où diriger mes recherches s’il y en a besoin. (Texte historique, genre nouveau pour moi, géographie mal connue…)

Étape 4 : j’effectue des recherches

Ce ne sont là que des recherches de base, toujours dans l’optique de faire connaissance avec mon roman. Je destine ces recherches au développement de mes idées :

  • viabilité (historique, par exemple)
  • comptabilité (avec l’époque, les personnages, le contexte…)
  • attrait (qu’apportent de neuf ces idées précises dans ce contexte précis ?)

Étape 5 : j’ajuste mes associations d’idées

À cette étape, il est encore temps de virer des idées à grands coups de pelles. Le synopsis de travail n’est pas loin, et je préfère taper dedans le moins possible. (Du moins pendant le premier jet.)

Pour ajuster mes associations d’idées, je les recoupe avec mes recherches préliminaires et les trois critères évoqués à l’étape 4 :

  • viabilité : si mon idée ne tient pas la route (selon le genre choisi, ça n’aura pas le même sens)
  • comptabilité : si mon idée ne cadre pas avec la réalité de l’époque (pour reprendre mon exemple historique), je peux la retravailler pour que tout concorde… ou la supprimer
  • attrait : si mon idée n’apporte rien de neuf, à mon sens, et a déjà été exploitée mille fois sous cet angle-là (je précise bien « sous cet angle »), je l’abandonne au profit d’une autre, moins utilisée.

Étape 6 : je laisse reposer

Je laisse reposer et en profite pour approfondir mes recherches, parfaire mes connaissances et, ainsi, m’épargner anachronismes et autres incohérences aisément évitables ou contourner des difficultés.

Je ne me vois pas construire une intrigue de roman de bout en bout sans ce temps de repos. À ce stade, mes idées ont déjà mûri parce que l’étape 1 s’étend sur plusieurs mois. Cela ne signifie pas qu’elle n’ont plus besoin d’évoluer, de grandir ou, parfois, de se faire plus petites au profit d’autres, plus à même de porter l’intrigue.

Étape 7 : je rédige mon synopsis de travail

Pour celleux qui l’ignoraient, le synopsis de travail est le déroulé complet d’un roman, étape par étape, scène par scène. Pour en savoir plus, je vous redirige vers mon article L’art et la manière d’écrire son synopsis. (La première partie est ciblée sur le syno de travail.)

 

C’est ici que s’achève ma méthode pour construire une intrigue de roman. J’ai essayé de la rendre la plus globale possible pour coller à tous les types d’intrigues.

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Aude Réco

30 ans, autrice, blogueuse, YouTubeuse.
J'aide les auteur·rice·s à dépasser leurs craintes grâce à mes contenus.
Astuces d'écriture et organisation.

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