En ce moment, je relis toute la presque première moitié de Je suis la nuit qui s’en vient (roman de fantasy) afin d’amorcer l’écriture de la presque seconde moitié. J’ai commencé à l’écrire sur un coup de tête le 29 mars 2022, sans plan, et je n’avais alors aucune idée d’où ça me mènerait. Je voulais juste raconter l’histoire d’une adolescente de quatorze ans qui voit des choses que les autres ne voient pas, ce qu’il s’est passé et ce qu’il va se passer. (Et c’est là que j’ai dans la tête le pitch qu’Anthony Michael Hall répétait avant chaque épisode de Dead Zone. Vous aussi ? Bref.)

Finalement, je me retrouve avec un roman qui ne suit pas tellement cette ado. Elle fait toujours partie du panel de personnages, mais quelques autres lui ont volé la vedette. Et ce qui devait être une trame simple s’est transformé en méli-mélo de mythes, de croyances et de prévision apocalyptique. (Avec un sous-sol mystérieux à la clé ! J’adore les sous-sols mystérieux ! D’ailleurs, il y a des souterrains dans mon prochain roman à paraître en septembre.)

Quand j’ai commencé à écrire Je suis la nuit qui s’en vient, j’avais cinq personnages : le père Jeansot, Pietren (un ancien camarade de l’école monastique), Anaet (mon adolescente qui voit des choses), Beitidh (une femme capable de se métamorphoser en chatte) et le frère Roland. À ces personnages s’en sont greffés d’autres, naturellement. C’est normal, mais je ne pensais pas que certains occuperaient une place de plus en plus importante au fil des pages ou, au contraire, plus effacée que ce que j’avais prévu. Heureusement, j’estime avoir de bonnes bases en termes de lecture par rapport à tout ce qui touche aux personnages (à moins qu’il s’agisse plutôt d’une « conséquence ») :

  • La Mer en hiver, de Susanna Kearsley : une très bonne maîtrise des personnages, même si je persiste à dire que ceux qui arrivent par paquets de trois en pleine géopolitique tendue, ça doit faire beaucoup pour celleux qui ne connaissent pas déjà un peu les tenants et les aboutissants de ce bordel historique (j’en reparlerai dans un futur article)
  • Bazaar, de Stephen King : une gestion des personnages impeccable avec toujours plus de tension narrative (j’en avais déjà parlé dans un article)
  • L’Enfant du lac, de Kate Morton (mais je pourrais aussi citer Les Heures lointaines) : une intrigue d’une richesse telle qu’elle permet des rebondissements naturels et des personnages embourbés dans leur histoire (là aussi, j’en avais déjà parlé dans un article)
  • Terremer (l’intégrale), d’Ursula Le Guin : peu de personnages dans cette intégrale, mais une manière d’approfondir les principaux comme Ged et Tenar, leur rapport au monde qui les entoure et leurs interrogations (surtout Tenar dans Les Tombeaux d’Atuan !)
  • Le Prieuré de l’Oranger, de Samantha Shannon : je salue ici la facilité avec laquelle l’autrice incorpore ses personnages au fil du roman (qui est une belle brique de 1000 pages), de manière à ce qu’on ne s’y perde pas, et son sens de la caractérisation pour qu’on ne les mélange pas
  • Le Phare au Corbeau, de Rozenn Illiano : Agathe est un personnage comme j’en croise trop peu, coincée dans une solitude inconfortable et qui se retrouve à affronter quelque chose de plus gros qu’elle et son don. (Excellente gestion de ses doutes tout au long du roman.)

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Écrire sans plan et gestion de personnages

Aude Réco

Je suis autrice dans les genres de l’imaginaire et la romance à destination des adultes et des jeunes adultes.

Mes fictions ont un but divertissant, tout en abordant des thématiques qui me sont chères, sans forcément verser dans la morale : passé, identité, famille, différence, vie après la vie. (Parce je préfère voir la mort comme une étape non définitive.)

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