C’est aujourd’hui la journée francophone de l’asexualité. Pour vous en parler, j’ai invité Cindy Van Wilder, auteure de La Lune est à nous chez Scrineo. Parce que ce roman présente un personnage asexuel. Parce que c’est aussi à nous, auteur·e·s, de diversifier nos personnages.

Auteur·e·s et diversité : l'asexualité

« Les papillons dans le ventre ou les frissons quand quelqu’un vous regarde, je ne les ai jamais ressentis. Tous ces trucs de romance, c’est une langue inconnue pour moi.

Je me dis parfois que je dois avoir loupé un truc. Que, chez moi, y a une connexion qui manque, un lien qui ne s’est pas fait.

Que je ne suis pas normale.

Et puis, je me traite d’idiote.

Qu’est-ce que ça peut bien me faire de ne pas baver devant les mecs à moitié nus qui jouent au foot l’été ?

Qu’est-ce que ça peut bien me faire de ne pas penser « Celui-là, j’en ferais bien mon quatre heures ! » à la vue d’un inconnu, même si je le trouve beau ?

Si moi, je me sens à l’aise dans ma tête, dans mon corps telle que je suis, il est où le souci ?

Y en a pas. »

Quand j’ai écrit La Lune Est à Nous, dont est extrait le passage ci-dessus, je n’avais encore aucune idée qu’Olivia, un des personnages principaux du roman et celle qui vous livre ses pensées juste au-dessus, avait à me confier sur le sujet. C’est l’un des grands plaisirs de l’écriture – du moins, à mon sens : voir où l’inspiration me mène.

Et celle-ci frappe souvent de manière inattendue.

De manière personnelle.

ASEXUALITÉ ET ÉCRITURE

Reflétant, quand vous vous y attendez le moins, quelque chose que vous n’avez jamais livré à quelqu’un, une pensée pas encore tout à fait formée mais qui vous fait « tilt » quand elle se retrouve couchée sur le papier.

C’est exactement ce qui s’est passé avec l’extrait ci-dessus.

Un moment de clarté, d’évidence, où je me suis dit « Voilà une réalité qui non seulement m’est propre, mais que je suis prête à livrer. »

Un des constats qui m’a le plus frappée, quand je lis ci et là des chroniques sur LLEAN de son petit nom, c’est le fait que non seulement bon nombre de lecteurs et de lectrices se retrouvent dans ce que dit Olivia, mais aussi qu’on l’identifie comme asexuelle alors que je ne mentionne ce mot nulle part.

Asexualité.

DE LA VULGARISATION DE L’ASEXUALITÉ PAR LES LIVRES

Une notion encore très mal connue, qui donne souvent lieu à des préjugés et autres clichés, comme par exemple : les personnes asexuelles sont frigides/prudes/n’ont pas encore rencontré le « bon numéro », celui ou celle qui pourra les « décoincer ».

Qui pourra leur faire rejoindre le clan des normaux et normales.

C’est ignorer d’abord ce qu’est l’asexualité.

L’ASEXUALITÉ HORS ÉCRITURE

Voici comment l’AVA définit l’asexualité sur son site :

« L’asexualité est une orientation sexuelle caractérisée par le fait qu’une personne asexuelle ne ressent pas d’attirance sexuelle pour quiconque. »

Découvrir Asexualite.org.

C’est ignorer ensuite que, comme pour toute orientation sexuelle, les options sont loin de se décliner en « oui/non ». L’asexualité se décline en un large spectre avec ses termes, ses notions qui, loin d’être des carcans réducteurs, permettent au contraire de se reconnaître. De se dire « Ok, voilà ce que je suis, ce que je ressens. »

Et de songer aussi que, si le mot existe, c’est parce que quelqu’un y a pensé avant nous. Quelqu’un a éprouvé la même chose. Un·e anonyme qui nous confirme que nous ne sommes pas des OVNI, des anormaux. Que nous sommes juste différent·e·s. Et qu’il est légitime de l’être.

Ça pourrait sembler une évidence. Ça ne l’est pas, surtout dans notre société, qui joue à chaque coin de rue sur la sexualisation des corps.

C’est vendeur, c’est « in », c’est cool. Alors, dire à voix haute que sur nous, ça ne marche pas ou du moins pas de cette manière, c’est s’exposer aux regards emplis d’incompréhensions. Aux remarques à côté de la plaque. Aux plaisanteries qui sont peut-être drôles pour tout le monde, sauf pour nous. Au sentiment que non, on n’est pas légitime dans notre ressenti et qu’on devrait faire un effort. Être dans la norme, quelle qu’elle soit.

Heureusement, les choses bougent. Lentement, avec incertitude parfois, mais on évolue. Les paroles, les témoignages permettent de faire reculer l’ignorance et les on-dits (bien souvent erronés) sur le sujet.

C’est pourquoi j’ai décidé, quand Aude m’a lancé cette invitation, d’y répondre et de livrer mon expérience.

L’asexualité n’est pas une maladie. Ce n’est pas non plus une condamnation à la solitude ou au non-plaisir.

L’ASEXUALITÉ DANS L’ÉCRITURE

En tant que concernée, je rebondirai sur les propos de Cindy par rapport à l’écriture en tant que telle. Cindy a essentiellement abordé l’asexualité dans la vie de tous les jours : la manière dont elle est perçue et celle dont elle est vécue, pas forcément ouvertement.

En première cause, je citerai – à mon humble avis – le manque de vulgarisation à ce sujet. Comme l’écrit Cindy, souvent, quand on parle d’asexualité, on s’imagine tout blanc ou tout noir. C’est ignorer le large spectre qu’elle englobe. C’est ignorer l’existence de plusieurs asexualités, de comportements face au plaisir ou à son absence.

Lire aussi “Les asexuels: il n’y en pas un sur dix, mais elles et ils existent”.

DES AUTEUR·E·S IMPLIQUÉ·E·S

En tant qu’asexuelle, je me sens beaucoup concernée par l’hypersexualisation de notre société : la dégustation érotisée d’un yaourt, les femmes-objets pour vendre un produit, la beauté normalisée « parce qu’il faut susciter l’attrait chez l’autre » …

Des « concepts » qui ne m’ont jamais parlé et à cause desquels je n’ai compris qu’assez tardivement que le problème ne vient pas de moi, mais de cette hypersexualisation.

En tant qu’auteure – et sans me sentir investie d’une quelconque mission –, j’estime qu’il est important de diversifier mes personnages, quels qu’ils soient. J’ai ainsi pris l’initiative d’impliquer l’asexualité d’un personnage principal à la trame de ma romance gothique en cours. (#SoheDela sur les réseaux sociaux, pour les curieux·ses.)

 

Comme pour toutes les représentations, il va de soi qu’elles ne sont pas l’exclusivité des auteur·e·s concerné·e·s. Il va aussi de soi à ne pas tourner à la dérision ou à l’obsession, mais j’y reviendrai dans un autre article.

Nous vous invitons à entendre les personnes concerné·e·s, à lire ce qu’elles ont écrit sur le sujet, à découvrir leurs BD, leurs vidéos, etc.

Écoutez-les. Respectez-les.

En cette journée internationale de l’asexualité, c’est le plus beau cadeau que vous puissiez leur faire.

POUR ALLER PLUS LOIN

“Introduction à l’asexualité” chez Asexualité·s. (Article.)

Cordélia vous parle de Silence Radio et de La Lune est à nous. (Vidéo.)

“La linkothèque 100% asexuelle” chez Simonae. (Article.)

“Parler d’amour sans parler de sexe ?” chez Antastesia. (Vidéo.)

“Asexualité et construction de l’intimité en ligne” chez Magnolia Indigo. (Podcast.)

 

Je tiens à remercier Cindy Van Wilder pour sa participation à cet article. Vous pouvez découvrir La Lune est à nous chez Scrineo.

Auteur·e·s et diversité : l’asexualité
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