Estimer que son manuscrit est apte à être envoyé aux maisons d’édition est un peu à l’appréciation de l’auteur·trice (pas objectif·ve du tout) et de ses bêta-lecteur·rice·s s’iel en a. (Et, croyez-moi, mieux vaut en avoir.)

QUAND ESTIMER QU’UN MANUSCRIT EST APTE À ÊTRE ENVOYÉ CHEZ LES ÉDITEUR·RICE·S ?

Il existe à peu près autant de réponses que d’auteur·rice·s (je me doute que ça vous fait une belle jambe), de la plus personnelle à la plus générale. À chacun son mode opératoire, qui passera par le feeling ou l’avis obligatoire de bêta-lecteur·rice·s. (Mais de là à accepter la moindre de leurs remarques, à vous de juger.)

Réalistes, certain·e·s jugent qu’un manuscrit n’est jamais totalement prêt. Ni son auteur·rice, d’ailleurs. Subjectivité, lecteur·rice·s-test et relation auteur·rice/éditeur·rice jouent un rôle prépondérant dans le cheminement vers l’envoi de son manuscrit.

L’AUTEUR·TRICE ET SON MANUSCRIT

Je vais en revenir à l’auteur·rice justement ; cette étrange créature qui s’apprête à envoyer son texte en espérant une publication. Cette drôle de bestiole qui, peut-être, met son premier pied dans le monde de l’édition. Qui découvre donc, qui se découvre.

Est-ce que, au fond, cet·te auteur·rice est prêt·e à envoyer son manuscrit ?

J’avoue que, si on ne me l’avait pas soufflé, je ne me serais pas interrogée sur ce point. L’auteur·rice est indissociable de sa prose, et je ne pense pas me tromper en disant qu’on ne le souligne pas assez.

On ne le dira jamais trop souvent : travailler sur un texte, quelle qu’en soit la longueur, prend du temps. Et heureusement qu’on ne compte pas (ou si peu), sans quoi, on y perdrait la raison ! Alors, bien sûr, on est tenté·e d’expédier un manuscrit que l’on croit finalisé, vite fait bien fait, puis de croiser tout ce qu’il y a à croiser, signe que l’on ne sera jamais vraiment préparé·e à cette phase.

Un·e auteur·rice habitué·e connaît les étapes, mais l’erreur étant humaine, certaines passent à travers les mailles du filet. Aussi, avant de traiter la question du récit, parlerai-je de ce qui devrait se produire dans la tête d’un·e auteur·rice avant un envoi qui lui vaudra peut-être de se tirer une balle dans le pied.

POUR SOUMETTRE UN MANUSCRIT, SOYEZ DÉJÀ UN·E AUTEUR·TRICE

L’auteur·rice est indissociable de son œuvre. Et vice-versa, et inversement, comme diraient les Dupondt. Vous aurez beau retourner la question dans tous les sens, vous en arriverez à cette conclusion.

Rien qu’en choisissant le thème de son récit, l’auteur·rice s’impliquera. Je ne lui dirai pas de rester de marbre face à son sujet puisque, en le traitant, iel se forgera forcément une opinion, qui transparaîtra dans sa manière d’aborder l’ensemble. Être en phase avec son texte, avec ce qu’il représente s’avère essentiel si l’on souhaite le proposer aux éditeur·rice·s. (Oui, voyez comme j’y viens doucement, mais sûrement.)

MONTREZ QUE VOUS VOUS ÊTES RENSEIGNÉ·E AVANT D’ENVOYER VOTRE MANUSCRIT

Se montrer un minimum professionnel·le quand on soumet un manuscrit revient à gérer ce qu’il y a (aura ?) derrière, à le défendre, à l’assumer. (Fautes d’orthographe et/ou incohérences plus grosses qu’une baleine incluses, même si ça ne devrait pas arriver, on est bien d’accord).

L’envoi de son manuscrit aux éditeur·rice·s entend une remise en question, une volonté d’établir une relation avec un·e éditeur·rice, d’apprendre à encaisser les remarques, corrections éditoriales, voire réécriture en cas de refus.

Être un minimum professionnel·le, c’est connaître le milieu de l’édition, se renseigner sur :

  • la ligne éditoriale : non, on n’envoie pas son bébé contemporain à une collection qui fait dans l’historique
  • les choses à faire : certain·e·s éditeur·rice·s vous demanderont un résumé, d’autres un synopsis d’une page, d’autres encore un synopsis (très) détaillé
  • et, surtout,  les choses à ne pas faire : envoyer le même mail à tout le monde et servir le même blabla à chaque fois (adaptez votre présentation en soulignant ce que cherche l’éditeur·trice, parfois, iels ont des demandes bien spécifiques)
  • les normes : tirets cadratins, nombre de sec ? C’est quoi, d’abord ? (Je caricature à peine.)

ÊTRE UN·E AUTEUR·TRICE JUSQU’AU BOUT

Pour soumettre un manuscrit (ou un tapuscrit si on veut chipoter deux minutes), soyez donc un auteur·rice. Comportez-vous comme tel·le, ne vous cachez pas derrière votre histoire, c’est vous qui l’avez écrite. Ciblez les maisons d’édition, procédez avec méthode et ne mettez pas la charrue avant les bœufs. Ça vous évitera des moments gênants/désagréables/autres ou un peu de tout ça à la fois.

Dernier point : un·e auteur·rice ne naît pas professionnel·le, iel le devient. Vous êtes humain·e, alors des erreurs, vous en commettrez sans doute, et l’éditeur·rice qui recevra votre manuscrit en a conscience. Essayez néanmoins de limiter la casse et évitez de chouiner quand on refuse votre manuscrit, c’est vraiment très mal vu dans le milieu.

BÊTA-LECTURE ET LECTEUR·TRICE·S-TEST

Comme je le soulignais, l’auteur·rice est indissociable de son œuvre et vice-versa. De plus, nous avons vu qu’il faut se montrer un minimum professionnel·le quand on soumet un manuscrit. Rien ne serait cependant possible sans la bêta-lecture et les lecteur·trice·s-test.

QU’EST-CE QUE LA BÊTA-LECTURE ?

Pour les novices, il s’agit du travail effectué par un·e (re)lecteur·rice qui annotera vos moindres coquilles, erreurs et incohérences. Ses retours vous seront précieux dans le sens où iel apportera un point de vue objectif sur votre manuscrit. La bêta-lecture est un peu le passage obligé, un col de montagne qui, une fois franchi, vous vaudra un sacré soulagement.

La bêta-lecture est le col montagneux à franchir pour qu’un manuscrit soit présentable.

UNE BONNE HABITUDE À PRENDRE

Certain·e·s ne jurent que par la bêta-lecture et ne se risqueront pas à envoyer leur bébé aux éditeur·rice·s si leurs bêta-lecteur·rice·s ne sont pas ou presque unanimes.

Pour celleux qui douteraient de l’efficacité de cette étape, n’hésitez pas à essayer. Trouvez-vous deux ou trois personnes (trois de préférence, pour trancher l’avis des deux autres), expliquez-leur ce que vous attendez d’elles, planchez sur le manuscrit comme vous le feriez avec vous-même. N’hésitez pas à détailler sur ce que vous souhaitez, à insister, mais ne les influencez pas. Et, surtout, acceptez la critique. Elles ne souligneront pas votre texte pour le simple plaisir d’y mettre de la couleur ou pour vous contrarier. Gardez à l’esprit qu’elles veulent la même chose que vous : améliorer votre récit, peaufiner votre style, affiner votre plume.

LECTEUR·TRICE·S-TEST ET DIVERS PROCÉDÉS

Comme pour tout, estimer son manuscrit apte à s’envoler vers les éditeur·rice·s est à l’appréciation de l’auteur·rice. Chacun·e étant différent·e, son approche le sera aussi. Parmi elles : læ lecteur·rice-test, destiné·e à lire un texte déjà relu (je le lui souhaite), corrigé (normalement), bref, prêt. On pourrait le comparer à un·e chroniqueur·se, sauf qu’iel découvrira une histoire qui nécessitera peut-être de nouvelles retouches.

Certain·e·s préfèrent que le manuscrit passe le test de la lecture orale, tandis que d’autres attendent qu’il les surprenne à la relecture.

Chaque auteur·rice travaille à sa manière et progresse comme iel l’entend. Iel choisit ses partenaires, celleux qui l’aideront à améliorer l’ensemble, à le rendre viable. Mitonnez votre propre recette en fonction de vos attentes et de votre récit. Si vous ne souhaitez pas suivre la même à chaque fois, libre à vous de l’adapter par rapport à vos besoins. (Je le fais tout le temps.)

UN MANUSCRIT N’EST JAMAIS VRAIMENT PRÊT

Globalement, nous serons tous d’accord pour vous dire qu’un manuscrit n’est jamais vraiment prêt. Il y a toujours quelque chose à améliorer. La perfection n’existant pas, il faut bien se résoudre à se lancer un jour, après moult relectures et corrections…

Vous en vomirez votre texte par les narines, vous en ferez sans doute des cauchemars, vous en aurez par-dessus la tête et connaîtrez les dialogues par cœur, mais nul n’a jamais prétendu qu’écrire est une partie de plaisir. Vous voilà prévenu·e.

QUEL TYPE DE MANUSCRIT ET DE QUELLE MANIÈRE ?

Après l’indissociabilité de l’auteur·rice et de son œuvre, la gestion de ce qui tourne autour de la soumission de son manuscrit et le passage par la case bêta-lecture, place à un point supra-méga important qui rend dingo éditeur·rice·s et comités de lecture : la ligne éditoriale. Pour les non-habitué·e·s, rendez-vous sur quelques sites de maisons d’édition, comme ça, au pif, et vous comprendrez vite de quoi on cause.

ON N’ENVOIE PAS N’IMPORTE QUOI À N’IMPORTE QUI

La ligne éditoriale « représente l’ensemble des choix et décisions que fait un directeur de revue, de collection littéraire… »

Wikipédia

(Je m’arrêterai là pour ce qui nous intéresse).

La ligne éditoriale n’existe donc pas pour vous emmerder, mais bien pour exprimer le souhait de l’éditeur·rice vis-à-vis de ce qu’iel souhaite représenter. Heureusement, d’ailleurs, car elle permet aux lecteur·rice·s de dénicher la perle rare, à l’éditeur·rice de communiquer de manière précise et à l’auteur·rice de savoir où iel met les pieds.

Bon, il subsiste finalement un problème d’étiquettes, mais ceci est un autre débat. Accessoirement, on ne soumet pas n’importe quand non plus. On vérifie avant.

LIGNE ÉDITORIALE = CARTE D’IDENTITÉ

La ligne éditoriale est l’image que renvoie un·e éditeur·rice. Sa carte d’identité. Si votre texte ne la respecte pas, inutile de l’envoyer en espérant que l’on fasse une exception pour vous. (Les risques d’exception sont mentionnés sur le site de la maison d’édition, normalement.)

Partez du principe que votre histoire n’est pas un chef-d’œuvre. Les maisons d’édition reçoivent des manuscrits à la pelle. Quant aux comités de lecture, ils ont l’habitude et s’ils trouvent un récit hors sujet, ils l’oublient. Notez que certain·e·s éditeur·rice·s ne vous répondront pas s’iels refusent votre manuscrit.

LE FORMAT DE VOTRE MANUSCRIT

Roman, novella, nouvelle, recueil, websérie, one-shot ou plusieurs tomes… Ce serait presque trop drôle de ne se limiter qu’aux genres, dites donc ! D’autant que je pourrais en rajouter en vous parlant de numérique et de papier. (Là, c’est à vous de choisir en fonction de vos préférences.)

Je serai néanmoins brève sur ce dernier point, car il n’y a pas matière à débattre pendant 107 ans : le principe reste le même que pour les genres, à savoir : renseignez-vous avant d’envoyer un manuscrit !

EN CAS DE DOUTE

J’ajouterai que si vous avez un doute, mieux vaut contacter l’éditeur·rice en question et/ou vous renseigner auprès des copain·ine·s auteur·rice·s. Épargnez aux maisons d’édition et aux comités de lecture les envois à l’arrache, mal ciblés… Épargnez-vous aussi de finir un jour sur la liste des auteur·rice·s qui font chier le monde. (Si elle existe.)

Envoyer son manuscrit aux maisons d’édition n’est pas une mince affaire, je vous l’accorde, mais recevoir un manuscrit à des années-lumière de sa ligne éditoriale n’est pas une partie de plaisir non plus. Alors, imaginez dix. Vingt !

De toute façon, il est dans votre intérêt de suivre les lignes directives indiquées par les éditeur·trice·s. L’avenir de votre manuscrit en dépend et, peut-être, celui d’autres après lui.

 

Envoyer son manuscrit aux éditeur·rice·s est, non seulement, un risque que l’auteur·rice prend, mais, aussi, un message qu’iel s’envoie : iel est capable de franchir l’ultime étape, souvent associée à un refus. Iel prend aussi le pari de réussir dans sa quête d’éditeur·rice ou, a contrario, de maintenir le cap malgré les échecs.

Envoyer son manuscrit n’est pas un geste anodin, mais le reflet de la volonté d’un·e auteur·e à s’en prendre éventuellement plein la tronche pour partager son histoire avec des lecteur·rice·s.

Quand un manuscrit peut-il partir chez les éditeur·rice·s ?
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Aude Réco

Aude Réco, 30 ans, blogueuse, YouTubeuse, auteure fêlée à ses heures et accro au café. Je propose des ateliers d'écriture et des coachings en ligne. Officie dans le milieu de la SFFF. Aime le papier parce qu’on peut jouer avec.

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