C’est quand, le bon moment ?

J’ai envie de répondre « Jamais ».

On est toujours là à attendre « le bon moment ». Et si c’était encore ce salopard de syndrome de l’imposteur déguisé ? Ou le manque de motivation ? Si on ne ne mettait tout simplement pas les yeux en face des trous ? Notre rapport au temps est si chaotique – et sous bien des aspects – que l’on en vient à repousser avec une facilité effrayante quelque chose qui nous ferait éventuellement plaisir ou juste du bien. Et histoire de bien remuer le couteau dans la plaie – et comme on aime, voire se raccroche à ce qui ressemble de près ou de loin à des signes –, on se dit que ce doit en être un, de signe. Ce n’était simplement pas le bon moment. Et puis on a tout le temps de s’y mettre, n’est-ce pas ?
Il n’y a rien de mieux pour nourrir la fabrique à regrets.

Je ne dis pas que chacun·e est égal·e face à ses choix ; je sais bien que non. La vie quotidienne, le cercle familial, les obligations, la santé… sont autant de points à prendre en compte. Moi, ici, je m’adresse surtout à celleux qui n’ont naturellement pas le temps (c’est une seconde nature chez elleux, un automatisme) et qui se fabriquent de magnifiques regrets pour les albums de souvenirs.

Je ne prétends pas non plus que les signes (ce que nous interprétons comme tels, du moins) n’existent pas, même si je préfère parler de coïncidences heureuses. (Julia Cameron, elle, emploie le terme de « synchronie ».) Nous pouvons même les fabriquer, ces coïncidences heureuses, les déclencher. Julia Cameron l’explique dans Libérez votre créativité, d’ailleurs. Ça ne se fait pas du jour au lendemain. Ça s’apprend, d’une certaine façon. Notre capacité à nous émerveiller et à prêter attention aux détails du quotidien a tendance à se déliter en grandissant. Parce que n’avons pas le temps, happé·e·s que nous sommes, le plus souvent, par des tâches futiles ou une course futile contre nous-mêmes.

Prenez le temps, vous, là, qui repoussez depuis des mois. Le bon moment, c’est quand vous le décidez. (Encore faut-il le décider.)


Cet article a été proposé en avant-première à mes abonné·e·s des Bulles créatives.

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Aude Réco

Je suis autrice et créatrice de contenus sur internet. Je publie au sein de maisons d’édition comme en autoédition. (Petit caveau, Voy'el, Rocambole.)
Mon genre de prédilection est le fantastique. (Avec une préférence pour le gothique.)

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