F/F – handicap. Érotisme léger.

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LA CHASSE AUX ŒUFS

Mariama soupire, installée derrière le comptoir du Bon-Air, le café-livre du quartier éponyme dans lequel ses parents ont emménagé quand elle était petite. Depuis deux ans, le coin porte bien son nom. Enfin ! Mariama y croise plus de gens différents. Des comme elle, qui ne rentrent pas dans les clous de l’hétéronormativité et ne bénéficient pas des privilèges dédiés aux Blancs. Seulement, en acceptant d’aider sa cousine Ama, elle ne s’attendait pas à les accueillir au Bon-Air, tous ces comme elle.

Ils affluent des quatre coins de la place pour s’inscrire à la chasse aux œufs organisée par Christian, le propriétaire des lieux. Sauf que le petit malin a décidé de s’octroyer une pause bien méritée, influencé par son petit-ami. Enfin, Ama a exposé les faits ainsi, une lueur malicieuse dans le regard.

Quoi qu’il en soit, Mariama s’apprête à passer son samedi enfermée entre quatre murs, alors qu’un beau soleil printanier se joint aux participants. Elle ne croit en rien – à peine en elle-même, encore moins en un dieu qui, s’il existe, a décidé qu’elle accumulerait les merdes –, mais, juste pour s’amuser, elle serait bien partie à la chasse aux œufs, elle aussi. À la limite, elle aurait même préféré préparer son exposé pour la semaine prochaine, plutôt que rester ici !

Elle entend déjà les avis autour d’elle, qui enflent telle une rumeur un peu trop réelle à son goût. « Ce n’est pas raisonnable, dans ton état. » « Enfin, à ton âge, tu devrais comprendre qu’il ne faut pas jouer avec ta santé… »

— Je vous emmerde, grommela-t-elle à l’intention des égoïstes qui l’enfermeraient dans sa chambre s’ils le pouvaient.

Pourtant, la chasse aux œufs, ça ne peut pas être pire que prendre les transports en commun avec ses béquilles ou circuler en ville avec son fauteuil roulant, lorsqu’elle manque déjà d’énergie pour supporter la douleur quotidienne.

Elle s’ennuie d’avance, coincée ici. Le cadre du Bon-Air a tout pour plaire et s’apparente à un vaste cocon, mais c’est un jour où le moral s’est carapaté avec son ami l’engouement.

Des livres de toutes les couleurs surchargent les rayonnages. Une bonne odeur de café flotte dans l’air. Et que dire de celle des pâtisseries, rehaussées de glaçage pastel ? Les rayons du soleil inondent l’intérieur de l’établissement par les hautes fenêtres. Dans l’entrée, l’agitation règne. Les gens exhalent la bonne humeur.

Et le parfum…

Elle plisse le nez et reconnaît l’adolescente qui se détache du groupe massé près de la porte. Enfin, est-ce qu’à seize ans, on peut encore être qualifiée d’ado ?

Agathe est la petite sœur de Christian. Elle chapeaute l’organisation toute la journée. C’était la condition sine qua non pour qu’Ama n’y fourre pas son nez. Elle gère déjà la déco du Bon-Air chaque Noël…

Christian les a brièvement présentées, Agathe et Mariama. Celle-ci s’est aussitôt sentie nulle comparée à Agathe – bien que personne n’ait eu le mauvais goût de les comparer. Agathe est une streameuse de jeux vidéo super connue ; son nombre d’abonnés est du genre avec plusieurs zéros derrière. Elle n’a pas de style particulier, sauf si jean-baskets en est un, mais elle dégage une forte confiance en elle. Mariama, à côté, reste « Serpillière », de son doux surnom de lycéenne. Parce que, pour être aussi noire, elle « racle forcément les fonds de chiottes ».

Agathe lui sourit. Sourire contagieux, Mariama le lui rend, même si elle vit à des kilomètres de la règle qui veut que l’on sourie en retour et qu’elle déteste.

— Est-ce que tout se passe bien ? lui demande Agathe.

Timbre clair et regard direct, c’est à se demander si Christian est vraiment son frère. Peu désireuse de plomber l’ambiance, Mariama hoche « Oui » de la tête. Ça fonctionne, puisqu’Agathe tourne les talons pour saluer les nouveaux arrivants. Mariama la remarque alors : une grande rousse qui paraît perdue, au milieu du brouhaha, des rires et des exclamations. Bonne poire jusqu’à la pointe des boucles, Mariama empoigne ses béquilles et quitte momentanément son poste et les viennoiseries disposées en vitrine pour aider la rouquine.

— Je peux vous renseigner, Madame ?

Elle se tourne vers Mariama.

— Oh, pas de « Madame », s’il vous plaît !

Elle a l’air embarrassée. C’est vrai que l’appellation la vieillit, alors qu’elle semble avoir la vie devant elle.

Mariama acquiesce. En échange, elle a droit à un remerciement silencieux.

Tiens, j’arrive à lire dans ses yeux.

Politesse oblige, elle l’invite à la suivre et lui propose une boisson chaude « aux frais de la princesse ». Elle glissera discrètement la différence dans la caisse.

— Bien, euh, Mad…

Elle s’interrompt.

— Appelez-moi Zoe.

— Serpi… Mariama, se présente-t-elle. Que puis-je faire pour vous ?

— Je me suis inscrite à la chasse aux œufs en binôme, mais mon petit-ami n’est pas là.

— Je vois.

En fait, non, Mariama ne voit pas, mais dit ça pour combler un silence qui promettait de devenir gênant. Le ton de reproche de Zoe indique qu’il y a de l’eau dans le gaz avec son cher et tendre. En plus, elle a parlé d’un petit-ami, mais triture nerveusement une bague.

Fiancée ?

— Il vous attend peut-être dehors ? hasarde Mariama.

Il y a tellement de monde qu’elle n’y retrouverait pas sa propre cousine ! L’entrée du Bon-Air n’a plus rien de vaste ni d’agréable. Une cacophonie bienheureuse s’est emparée des lieux et bourdonne dans les oreilles de Mariama. Elle se sent oppressée, tout à coup. Elle a besoin d’air.

Mes béquilles.

Elles sont à nouveau de l’autre côté du comptoir. Il faut le contourner. Mariama les récupère, fait volte-face et se dirige vers la masse de participants, jouant des coudes pour se frayer un chemin. Enfin, le soleil pleut sur son visage. L’air est désengorgé du parfum des autres. Mariama inspire profondément.

— Ça va mieux ? s’enquiert une voix connue.

Zoe l’observe. Un pli soucieux barre son front. De sa main sur le bras de Mariama, elle noue le contact. Le prolonge. Elle instaure une forme de complicité, la lycéenne le lit dans son regard. Zoe la détaille avec délicatesse, comme si elle voulait en savoir plus, sans toutefois se permettre de fouiller. Sans oser demander. Mariama aime ce qu’elle voit dans ces yeux-là. Elle apprécie la discrétion de Zoe, sa façon de la regarder, pudique, mais intéressée.

— Ça va, merci, répond-elle en joignant le geste à la parole. Tout ce vacarme, à l’intérieur…

Elle laisse sa phrase en suspens, happée par l’attention que lui porte Zoe.

— Nous pourrions marcher un peu ? propose sa jolie rousse.

L’idée, bien que tentante, est vouée à mourir dans l’œuf – sans mauvais jeu de mots.

— Impossible, je me suis portée garante auprès du propriétaire pour assurer les inscriptions, explique-t-elle.

Son cœur bat la chamade. Elle aimerait tellement se soustraire à ses obligations et ne jamais avoir donné son accord à Christian ! Néanmoins, si elle était restée chez elle, à préparer ce foutu exposé, elle ne discuterait pas avec Zoe, sur un trottoir de plus en plus fréquenté, certes. La chasse aux œufs du Bon-Air fait décidément un carton plein !

— Excuse-moi, Mariama, glisse Alexandre, une connaissance, en les rejoignant. Les inscriptions pour les binômes, s’il te plaît ?

Pendue à son bras, sa fille sourit à Mariama. Ceci semble être la journée de la bonne humeur, pourtant, la jeune femme a l’impression de louper quelque chose.

— C’est pas moi qui m’en occupe. Va voir à l’intérieur.

— OK, merci.

Alexandre s’éclipse sans insister. Lui aussi a peut-être senti qu’il se passe un truc entre Mariama et Zoe. Tiens, d’ailleurs, où est passée l’intéressée ? Mariama la retrouve à son propre bras, qui l’attire loin des autres, là où l’on respire mieux. Quand elle la voit qui les dirige vers Agathe, elle freine un peu.

— Agathe ! s’exclame Zoe.

Elle agite aussi la main en l’air histoire d’être repérable de loin. Agathe réagit aussitôt et grimace brièvement en posant les yeux sur Mariama. Zoe expose le problème : tête qui tourne, bla, bla, trop de monde… Agathe garantit de trouver quelqu’un pour remplacer Mariama, avant de libérer les deux femmes. Jamais la lycéenne n’aurait osé faire faux bond à quelqu’un, surtout après avoir promis, point sur lequel elle ne manque pas d’appuyer auprès de Zoe.

— Personne ne tient toutes ses promesses, croyez-moi, rétorque Zoe.

Mariama lui trouve une mine déconfite et devine qu’elle fait allusion à son petit-ami, toujours aux abonnés absents.

— Est-ce que la chasse aux œufs vous tenait à cœur ? lui demande-t-elle.

Au vu des circonstances, elle trouve sa question terriblement déplacée, mais ne la retire pas pour autant. Zoe l’intrigue. Elle a envie d’en savoir plus sur elle, d’apprendre à la connaître. Sa capacité à aller au-devant des complications impressionne Mariama. C’est une qualité qui attise sa curiosité.

— Oh…, soupire Zoe. Non.

Mais la déception creuse chacun de ses traits. Elle fait de la peine à Mariama, qui propose, habitée d’un entrain nouveau :

— On peut y aller ensemble, si vous voulez !

Elle se rétracte néanmoins, consciente de s’immiscer dans une vie privée qui n’a peut-être pas de place pour elle.

— Enfin, si votre petit-ami ne vous rejoint pas, quoi.

— Mais, avec vos béquilles… C’est que je viens d’y penser.

Mariama se renfrogne et Zoe se mordille la lèvre inférieure. Son regard se veut plus hésitant.

— Mes propos vous ont blessée, constate-t-elle, embarrassée.

— Si j’ai des béquilles, c’est justement pour m’aider, réplique Mariama.

Un peu durement, elle le reconnaît, mais juste parce qu’il s’agit de Zoe. Une autre personne aurait déjà goûté à son humeur exécrable, mais légitime. Elle en a assez des gens qui pensent mieux qu’elle ce qu’il lui faut ou non – sauf, évidemment, tout ce qui implique de faciliter la vie aux handicapés et leur circulation. Là, curieusement, le néant fait fureur.

Mariama ne considère pas ses béquilles comme une preuve, aux yeux du monde, de son handicap. Elles sont un atout pour elle, un moyen de locomotion. Elles lui permettent de conserver un semblant de mobilité. Un semblant seulement, car l’accès n’est absolument pas favorable à des déplacements en béquilles ou en fauteuil. Circuler, c’est pour les valides. Mariama n’est pas une valide, mais ses béquilles lui permettent, quelquefois, de le croire. Et, d’autres fois, au contraire, elle a l’impression que tout le monde la fixe du regard en pensant à sa place.

— Alors, on la fait cette petite marche ? enchaîne Zoe comme si de rien n’était.

Cette femme a le don de rebondir sans qu’on lui en veuille, c’est fou !

Sentiment troublant. Malgré sa gaucherie validiste, Zoe ne s’est pas attiré les foudres de Mariama, plutôt un sentiment de compréhension.

Mais c’est pas à moi de comprendre, se reproche Mariama.

Sauf dans un couple. Sûrement. Parce que la compréhension est l’un des piliers du couple. Parce que si Mariama n’essaie pas d’écouter, à son tour, ce que l’autre veut, le couple tournerait à sens unique, mais il n’est pas question de tomber amoureuse, là, si ?

 

La chasse aux œufs.

Mariama ne prend pas la peine de changer le nom inscrit à côté de celui de Zoe et, accompagnée de ses incontournables béquilles, se rend au point de ralliement avec son accompagnatrice. Christian a eu le nez fin en proposant aux participants de se regrouper sur la place. Le monde déborde joyeusement du Bon-Air. À l’intérieur, c’est juste insupportable, loin du cocon qu’a découvert Mariama, un an plus tôt, grâce à sa cousine.

Presque bras dessus, bras dessous, les deux femmes se mêlent aux autres. Mariama saisit des bribes de conversations, mais n’y prête pas vraiment attention. Tout de suite, elle n’a d’yeux que pour Zoe, son sourire et l’attention qu’elle lui porte.

Le soleil dissipe les dernières préoccupations qui assombrissent le visage de Zoe.

Son petit-ami, songe Mariama.

Elle se demande si elle n’a pas tort de l’accompagner dans cette chasse aux œufs. C’est sûrement une erreur. Zoe se sent sûrement très seule et, comme elle tient à participer, elle a jeté son dévolu sur une autre solitaire. En plus, le petit-ami pourrait débarquer d’un instant à l’autre, et Mariama n’aurait d’autre choix que retourner derrière le comptoir pour gérer les différents groupes. Ou à rentrer chez elle pour préparer son exposé. Oublier cette journée sinistre. Là, pourtant, elle aimerait en conserver chaque instant, chaque détail dans sa mémoire, comme dans un précieux écrin. Se souvenir, dès qu’elle le voudra, des battements désordonnés de son cœur, de la pluie de soleil dans les cheveux roux de Zoe et ce qui s’apparente à une complicité naissante.

Plus loin, vers la tête du rassemblement – pour peu qu’il y en ait une –, la voix d’Agathe retentit. La chasse aux œufs va commencer. Elle se réjouit du monde réuni et des différentes tranches d’âges représentées, puis souhaite bonne chance aux participants. Des enfants sautillent dans l’assemblée, impatients de commencer. De son côté, Mariama se surprend à partager leur hâte. Elle rêve de se retrouver seule à seule avec Zoe, loin de la cohue, des encouragements et de l’ambiance tout miel qui se répand autour de la place. Des curieux se rapprochent, tandis que le départ est donné. Les visages sont lumineux, les yeux des gamins brillent. Ceux de Zoe aussi. Mariama comprend alors que la chasse aux œufs est très importante pour elle, même si elle en ignore les tenants et les aboutissants. Mais, si le but consistait à partager un moment avec son petit-ami, Mariama est en train de le leur voler. Pendant un instant, elle se sent l’âme d’une usurpatrice.

— Vous venez ?

Cette invitation résonne comme une issue de secours à ses idées noires. Elle n’arrive décidément pas à en profiter sans se poser dix mille questions.

— Que va en penser votre petit ami s’il nous trouve ensemble ?

Zoe éclate d’un rire franc.

— « S’il nous trouve ensemble » ? Comme vous y allez !

On n’est pas ensemble, effectivement. Pas dans ce sens-là.

Pas dans le sens où Mariama l’espère.

— De toute façon, il n’avait qu’à venir, ajoute Zoe. Moi, je me fiche de ce qu’il croit, tant qu’il sait qu’il a laissé passer sa chance.

Le cœur de Mariama bondit dans sa poitrine, concentré de poids mort, mais, aussi, très vivant. Il frétille d’impatience. Une excitation soudaine la gagne. Si tout devenait possible ? Zoe semble renoncer à son petit-ami, mais pas aux plaisirs de la vie.

Ouais, mon gars, se dit Mariama, guillerette. T’as laissé passer ta chance.

Elle sert fermement ses béquilles et avance. Elle ne sait pas où elle va précisément, mais elle n’est pas seule. Aujourd’hui, au moins, elle pourra se reposer sur quelqu’un.

Le premier indice d’Agathe mène les participants dans les champs de fleurs qui cernent la petite ville. Mariama maintient un bon rythme ; le trajet n’est pas long et la route pas en côte.

La chasse laisse place à plein de gens, et, très vite, Mariama réalise qu’elle et Zoe n’ont aucune chance de gagner avec leur rythme tranquille.

— Vous savez qu’on n’arrivera pas dans les premiers ? se renseigne-t-elle.

Zoe hoche vigoureusement la tête, comme si elle s’en fichait. Après tout, Mariama s’en fiche, elle aussi.

— On est bien, là, fait Zoe en avalant une bonne bouffée d’air.

Immobile face aux champs, Mariama a l’impression que sa vie se pare de plein de couleurs chatoyantes. C’est comme une vaste palette de peinture dans laquelle elle piocherait selon ses envies. Un peu de bleu pour le rêve, du doré pour la chaleur, de l’orange pour l’optimisme, car elle en aurait bien besoin.

Zoe s’enfonce entre les fleurs. Avec sa robe qui lui tombe au-dessus du genou, les tiges caressent la peau nue de ses jambes. Mariama rajuste sa propre jupe, puis décide de la suivre, faisant mine de chercher l’indice laissé par Agathe. Elle sait que Zoe a oublié la chasse aux œufs au profit d’un moment différent. Imprévu. D’habitude, Mariama déteste les imprévus parce qu’ils sont souvent synonymes de complications pour elle et sa mobilité réduite : l’ascenseur du lycée qui tombe si souvent en panne, une route barrée, oublier la sortie des écoles et se frayer un chemin entre les gamins, les poussettes, les voitures garées sur le trottoir et les bicyclettes…

Quand Zoe se tourne vers Mariama, ses yeux pétillent. La lycéenne ne sait pas de quoi, juste que le plaisir qu’elle y déchiffre lui est communicatif. Elle se sent prise d’un élan de… Elle ignore lequel. Tout est si imprécis avec Zoe ! Et merveilleusement possible.

Zoe s’allonge dans les fleurs. Leur pâleur se marie à merveille avec ses taches de rousseur. Les bras étendus le long de son corps, elle contemple le ciel, puis Mariama quand elle se penche sur elle.

— Vous pouvez vous allonger à côté de moi ? lance Zoe.

Mariama hoche la tête et s’exécute. Ainsi installée, elle a le sentiment d’être n’importe qui, avec un corps parfaitement valide, malgré les douleurs qui ne la quittent jamais tout à fait. À son tour, elle prend une profonde inspiration. Ferme les yeux. Le soleil effleure ses paupières. Feuilles et pétales délicats glissent sur ses bras et ses jambes, puis autre chose se joint à eux. Une présence plus intimiste. Plus aventureuse. Mariama tourne la tête vers Zoe.

— Vous voulez ? lui demande-t-elle sans détour.

Zoe roule sur le côté dès que Mariama acquiesce. Ses boucles rousses tombent sur ses épaules. Ses traits dégagent une quiétude qui épate Mariama. Ses doigts courent maintenant sur les cuisses de la lycéenne.

— Je suis majeure, au fait, précise Mariama, nerveuse.

— Je le sais : une certaine Ama me l’a dit.

Ama. Elle aurait dû s’en douter. Toujours à essayer de lui présenter des gens pour tout un tas d’activités…

— Détends-toi.

Le passage du vouvoiement au tutoiement arrange Mariama. Elle expulse un long soupir de soulagement. Zoe doit croire qu’il est dû au fait de sa majorité, alors, elle sourit. Encore. Cette femme a presque toujours le sourire aux lèvres, c’en est déstabilisant, mais très apaisant, aussi. À moins que ce soient ses doigts qui remontent progressivement vers son pubis. Ou les baisers qu’elle dépose sur sa peau. Ou l’application qu’elle met dans chacun de ses gestes. Mariama se laisse aller et coupe le flux de ses pensées. Les rares nuages noirs au-dessus de sa tête se dissipent en un clignement d’yeux.

Zoe passe la main sous la jupe de Mariama, puis l’index sous l’élastique de sa culotte. Elle a un peu froid, mais le contact enchante Mariama, qui écarte instinctivement les jambes. D’une légère pression, Zoe joue avec la sensibilité de son clitoris. Les premières vagues de frissons se déploient dans le corps de Mariama. Des vagues délicieuses qui la submergent, noient les pensées téméraires qui parasitent encore son esprit. » Et si c’était une erreur ? » » S’il ne s’agissait que d’une parenthèse ? « Pourtant, l’auréole pâle du soleil dans le bleu du ciel donne comme sa bénédiction aux deux femmes.

Les doigts de Zoe glissent dans la fente mouillée de Mariama. Un soupir léger franchit le barrage de ses lèvres. Elle essaie de retenir un peu des vagues de frissons en elle, tel un souvenir précieux et fragile, mais elle sent qu’elle ne tiendra pas longtemps. Ce cadeau que lui fait Zoe est un gros bonbon qu’elle dévore. Un sac de friandises à consommer sans modération. Mariama ne veut pas en perdre une miette, ne veut pas repousser l’instant où son corps trahira le plaisir qu’elle éprouve.

Doucement, Zoe l’amène sur les rives de la jouissance. Seul le silence se fait le témoin de ces amours éphémères. Le souffle court, Mariama chavire. Autour d’elle, le vent sinue entre les tiges des fleurs. Peu à peu, Mariama se réapproprie son environnement. La palette de peinture, les fleurs qui frémissent sous la bise tiède, le sourire de Zoe, lequel, elle l’espère, ne s’évanouira jamais.

MERCI D’AVOIR LU CETTE NOUVELLE !

Rendez-vous le 10 mars pour une autre nouvelle : De roses et d’épines.

Sortie du recueil Romances douces et sucrées le 1er mai 2019. (Inclut deux nouvelles inédites.)

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