Je me permets une seconde parenthèse dans ce mois halloweenesque, puisque je vais vous parler (encore) des auteurs hybrides. J’en profiterais surtout pour mettre quelques points sur quelques “i” à propos de l’autoédition et de la volonté des auteurs hybrides.

Les auteurs hybrides rêvent-ils de liberté créatrice ?

QUE SONT LES AUTEURS HYBRIDES ?

Les auteurs hybrides s’autoéditent et publient aussi chez des éditeurs. Si je devais prêcher pour ma paroisse, j’ajouterais qu’ils bénéficient ainsi de l’expérience éditoriale, qu’ils peuvent mettre à profit dans l’autoédition.

Parmi les auteurs hybrides que je connais, citons : Cécile Duquenne (Bragelonne), Olivier Saraja (Walrus), Julien Morgan (Critic), Kailyn Mei (Petit Caveau) et j’en passe.

LE CHOIX DE L’AUTOÉDITION

Si vous envisagez de produire un contenu de qualité tout en projetant de générer plus de revenus (soyons fous !), l’autoédition pourrait vous intéresser. En effet, celle-ci permet de tout gérer de A à Z. Ainsi, vous obtiendrez un livre (objet et/ou numérique) à la hauteur de vos attentes, mais cela implique de garder un œil sur tout, parfois sur des éléments qui vous échappent : la couverture, la mise en page et la création d’un ebook sont, à mon sens, les trois passages obligés les plus ardus à maîtriser, mais je ne suis pas là pour parler de ça.

MAIS S’IL ME MANQUE QUELQUE CHOSE MALGRÉ L’AUTOÉDITION ?

Pour certain(e)s, l’autoédition est une fin en soi et ils n’ont d’ailleurs jamais cherché à passer par le circuit traditionnel pour publier. (Ce qui ne veut pas dire que ce sont des incompétents notoires parce que j’ai parlé d’expérience éditoriale, plus haut, et qu’ils ne l’ont pas, du moins, pas chez des éditeurs.)

Pour d’autres, l’autoédition est une façon de se prouver qu’on peut le faire, mais une fois le livre sorti, il leur manque quelque chose ; peut-être l’expérience éditoriale citée au-dessus, peut-être le souhait de bénéficier du réseau d’un éditeur.

LE CHOIX DU CIRCUIT TRADITIONNEL

Les éditeurs (attention, je parle des bons et sérieux) possèdent leur propre réseau. Ils nouent des partenariats avec des blogs/sites de chroniques, auxquels ils font parvenir des services-presse, sont des habitués des salons et travaillent directement avec des professionnels du circuit du livre. Vous vous contentez surtout de produire un bon roman, de travailler avec l’éditeur sur les corrections éditoriales, vous faites de la promo de temps en temps et participez à des dédicaces. Il y a juste un hic : les cases.

Ça peut paraître idiot, cette histoire de cases, mais ça flingue vite les projets qu’on se faisait d’un roman. Je rencontre ce problème avec Ocre rouge, mon western steampunk. Quand j’épluche les pré-requis des éditeurs, il y a toujours un truc qui cloche : la longueur, le style, la présence d’un couple M/M, le nombre de tomes, le public cible, le genre…

Le plus souvent, je me heurte à des difficultés liées au genre. J’ai l’habitude de les mélanger, de ne pas écrire tout un roman dans la même veine. Ces cases – ces foutues cases ! – limitent l’accès de certains de mes manuscrits à la boîte mail des maisons d’édition.

C’EST LÀ QU’INTERVIENNENT LES AUTEURS HYBRIDES

Au-delà de la volonté de tout maîtriser, les auteurs hybrides se heurtent parfois à une absence de prise de risque quant à un texte qui ne rentrerait pas exactement dans les cases. Un roman écrit étant ce qu’il est, on ne souhaite pas l’abandonner au fin fond de son disque dur. Plutôt que renoncer, il n’est pas rare qu’un auteur décide de l’autoéditer. Si ses précédentes œuvres ont été publiées chez des éditeurs, il s’hybride donc, et non, il ne s’agit pas d’une solution de facilité puisqu’il prend les risques à la place de l’éditeur.

 

Bientôt Halloween. #hybrides #halloween

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AUTOÉDITION ET CIRCUIT TRADITIONNEL, PAS TOUJOURS L’ENTENTE CORDIALE

Si certains éditeurs n’entendent pas d’une bonne oreille l’hybridation des auteurs, les lecteurs trouvent, eux aussi, leur mot à dire.

L’autoédition ne bénéficie pas d’une bonne réputation. (C’est même un euphémisme !) Alors, voir s’hybrider des auteurs que l’on apprécie dans le circuit traditionnel peut pousser à se poser des questions. Je ne dis pas qu’elles sont illégitimes, mais un raccourci est souvent fait : celui qui consiste à juger qu’on s’autoédite parce qu’on n’aurait trouvé preneur nulle part, ce qui implique forcément que le texte ne tient pas le niveau.

L’AUTOÉDITION : UN RISQUE POUR LES ÉDITEURS ?

Je ne pense pas que l’autoédition, et par extension les auteurs hybrides, représentent un risque pour les éditeurs. Tout comme l’auteur, en envoyant son manuscrit, doit prouver le potentiel de celui-ci, les maisons d’édition doivent prouver leur nécessité dans le circuit du livre. Si un auteur bénéficie déjà de son propre réseau et connaît le métier, qu’est-ce qui l’empêche d’essayer l’autoédition pour un projet aux chances moindres ?

VERS LA LIBERTÉ DE CRÉATION ?

Écrire un livre n’est absolument pas une garantie de publication. Le texte peut très bien virer mort-né, et pourtant l’auteur l’écrira quand même. Parce que c’est comme ça, l’écrivain a besoin de projets de l’avenir desquels il se souciera moins. Retrouver le simple plaisir de l’écriture, en somme.

S’hybrider pourrait alors devenir une façon de s’assurer la liberté de création, affranchi(e) des obligations vis-à-vis d’un éditeur et de ses cases. (Ou de son absence de cases, mais là, ce n’est vraiment pas bon signe et je parle en connaissance de cause.) Les auteurs hybrides aspirent peut-être à un simple retour à l’acte d’écriture, détachés de ces impératifs qui, même inconsciemment, les poussent à opter pour une voie plutôt que l’autre lorsqu’ils envisagent l’envoi aux éditeurs.

L’hybridation serait donc une volonté de revenir au nerf créateur, brut, tout en s’assurant une expérience éditoriale qui, ma foi, ne peut pas faire de mal. Sans oublier qu’aujourd’hui encore, le lectorat a tendance à accorder plus de crédit à un auteur publié traditionnellement qu’autoédité, bien que la tendance change avec les entreprises spécialisées dans l’accompagnement des autoédité(e)s. (Certaines se qualifient même de maisons d’autoédition ; j’en grince des dents, mais ce n’est pas le sujet.)

 

Nous en revenons finalement à l’image que renvoie l’autoédité(e) et il apparaît qu’aux yeux des lecteurs/trices, l’importance qu’il/elle apparaisse entouré(e) prime. L’image de l’autoédition, en général, est peu reluisante. Par son accessibilité enfantine, c’est une tripotée d’auteurs du dimanche qui se publient, sans assurer un vrai travail derrière. Le recul nécessaire à une telle entreprise n’existe pas et la prise de risque abordée plus haut devient au mieux chimérique, au pire un échec.

L’autoédition est un étron libre, sans filtre “anti-merde”. L’édition traditionnelle publie aussi les siennes, mais le filtre est censé y être appliqué. Je ne sais pas ce qui est pire : un éditeur qui publie n’importe quoi, n’importe comment, alors qu’il devrait être un garde-fou (et préserver les yeux des lecteurs) ou l’autoédité(e) qui profite de ce qui marche pour publier l’impubliable au nom de la sacro-sainte création qu’il clame.

Les auteurs hybrides rêvent-ils de liberté créatrice ?
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